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La science s’invite dans l’actualité… et les chercheurs du CNRS nous aident à la décrypter !
De Tintin à Tom Cruise, les momies ont fait le tour de la pop-culture et fascinent toujours par les mystères qui les entourent. Que savons-nous vraiment de ces corps momifiés, et que reste-t-il à découvrir ? Pascal Sellier, archéo-anthropologue au CNRS (UMR7206 Éco-Anthropologie) et commissaire scientifique de l’exposition Momies, présentée au Musée de l’Homme jusqu’au 25 mai 2026, nous aide à faire parler les morts.
Il semble que presque toutes les sociétés aient pratiqué la momification. Les traces les plus anciennes remontent à -7000 avant notre ère et ont été découvertes sur le territoire des Chinchorro, à la frontière entre le Chili et le Pérou.
Un phénomène si répandu se base forcément sur des techniques variées, avec l’objectif commun de contrecarrer les agents qui jouent dans le sens de la décomposition.
Les bactéries, les enzymes et les insectes nécrophages sont les trois acteurs qui interviennent dès le début du décès. Pour contrer leurs effets, on peut agir, soit par le froid, soit par chaud, soit par des agents plus spécifiques comme l’acide tannique dans les tourbières (marécages d’Europe du Nord) ou des techniques qui visent à raréfier l’oxygène comme les cercueils en plomb, les bandelettes de tissus etc. Finalement, il existe des techniques plus invasives : injection de formol (à partir du 19e siècle) ou extraction des organes les plus humides et les plus porteurs de bactéries comme les intestins.
L’accès aux tissus mous permet notamment d’identifier les différentes maladies qui ont pu sévir, comme la variole qui a marqué la peau de la momie de Ramsès V ; et aussi d’identifier des lésions internes et autres informations que l’étude du squelette seul ne nous révèlerait pas .A l’inverse, il existe peu de pathologies qui vont aller jusqu’à marquer le squelette sauf dans des cas très avancés, comme ceux de la tuberculose osseuse. Les tissus mous permettent aussi d’obtenir des prélèvements mieux préservés pour les études ADN ou les datations radiocarbone.
La momification donne également accès au contenu des organes et notamment de l’estomac. On connaît ainsi le dernier repas des hommes des tourbières !
Finalement, les momies nous renseignent sur des aspects sociologiques et anthropologiques : qui se faisait momifier ? Quelle signification attachait-on à cette pratique ? Si l’on prend l’exemple de l’Égypte Antique, à son apogée au Nouvel Empire (1500-1000 avant notre ère), la momification était pour tous et seule la qualité de cette dernière dénotait du statut social de l’individu. Dans beaucoup d’autres civilisations, il s’agissait d’une pratique réservée aux élites.
Les chercheurs manquent encore d’informations pour reconstituer la vie de ces individus, leur civilisation, leur passé. Certaines momies ayant été découvertes il y a longtemps, la récolte d'éléments s’est faite à l’époque de façon très sommaire et laisse de nombreuses questions en suspens.
Pour pallier ces manques et espérer répondre à ces interrogations, on peut tabler sur l’amélioration des techniques ADN, qui permettront d’avoir accès avec plus de précisions à des génomes complets et ainsi d’établir les liens de parentés reliant les différents défunts entre eux ainsi que leurs relations avec d'autres peuples connexes. On peut également s’attendre à une amélioration des techniques d’imagerie.
Aujourd’hui, lors des études de corps momifiés, il est courant de conserver les prélèvements après l’achèvement des analyses, afin de pouvoir les réexaminer ultérieurement à la lumière d’éventuelles avancées ou découvertes technologiques susceptibles d’apporter de nouvelles informations.
Pascal Sellier est un archéo-anthropologue spécialiste de l’archéologie de la mort, des pratiques funéraires et de la bio‑anthropologie des populations anciennes. Directeur de recherche émérite au CNRS, il a dirigé plusieurs missions archéologiques et enseigne l’archéologie funéraire à l’université Paris 1 et au Muséum national d’Histoire naturelle.
L’exposition Momies au Musée de l’Homme, à Paris
L’article de CNRS Le Journal “On a retrouvé le sarcophage de Ramses II”
Le reportage vidéo “Les momies coptes livrent leurs secrets”
L’épisode de Zeste de science “Des momies tombées du ciel”
Le film d’horreur “Le réveil de la momie”, au cinéma le 15 avril 2026.
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