80 ans du CNRS à Paris-Saclay : un modèle de collaboration entre science et industrie
En 1946, le CNRS s’implantait à Gif-sur-Yvette. Il est aujourd’hui un acteur majeur du cluster scientifique et technologique de Paris-Saclay, devenu incontournable en matière de collaboration entre science et industrie.
À retenir pour agir
Le cluster Paris-Saclay, dont le CNRS est un des acteurs majeurs, constitue une infrastructure stratégique de rang national et international.
Bénéficiant d’équipements d’exception et d’un vivier de formation de haut niveau, la collaboration entre science et industrie sur le territoire fait figure de modèle.
80 ans après l’implantation du CNRS à Paris-Saclay, l’enjeu est de transformer cet écosystème d’excellence local en levier de compétitivité mondial.
Le territoire peut s’avérer un terrain d’expérimentation pour orienter les politiques d’innovation et structurer les filières industrielles.
Le 14 avril 2026, le calculateur Lucy était inauguré. « C’est l’ordinateur quantique photonique le plus puissant au monde », sourit Pascale Senellart, chercheuse CNRS au Centre de nanosciences et de nanotechnologies (C2N)1 . Celle qui a reçu la médaille de l’innovation du CNRS en 2025 est également cofondatrice de la start-up Quandela, issue du CNRS et à l’origine de Lucy avec un partenaire allemand, installé au Très Grand Centre de calcul du CEA, situé à Bruyères-le-Chatel dans l’Essonne. Lancée en 2017, la jeune pousse française du quantique qui compte aujourd’hui plus de 140 salariés est une des illustrations de l’excellence du continuum recherche-innovation à Paris-Saclay.
- 1laboratoire CNRS / Université Paris-Saclay
Une excellence construite sur le temps long : en 2026, le CNRS célèbre les 80 ans de son implantation sur le territoire. « Avec ses 100 unités de recherche et ses 3 800 personnels, le CNRS est un acteur incontournable de la ‘‘cité scientifique’’ voulue par Frédéric Joliot-Curie en 1946, devenue l’un des plus puissants clusters scientifiques et technologiques du monde », salue Antoine Petit, président-directeur général du CNRS.
Terreau fertile
Son premier atout : la concentration d’infrastructures d’exception. « Nous bénéficions d’équipements uniques sur le territoire, comme la salle blanche du C2N, l’une des plus grandes centrales de technologie académiques d’Europe », souligne Jacques Gierak, ingénieur de recherche CNRS et fondateur de la start-up Ion X, une référence mondiale dans le domaine des liquides ioniques collaborant avec le CNES et Airbus. À l’instar du synchrotron SOLEIL, un accélérateur de particules pour explorer la matière, ou encore du supercalculateur Jean Zay, atout majeur pour le développement de l’IA ou pour les sciences du climat, ces infrastructures ouvrent la voie à une recherche de rang mondial.
La présence de nombreuses universités et écoles d’ingénieur, partenaires essentiels du CNRS, représente aussi une force cruciale. Les deux pôles académiques – l’Université Paris-Saclay et l’Institut Polytechnique de Paris – constituent des « viviers de formation de très haut niveau sur lesquels nous pouvons nous appuyer », loue Pascale Senellart. « Ce continuum formation-recherche-innovation est particulièrement précieux », abonde Géraldine Masson, chercheuse CNRS à l’Institut de chimie des substances naturelles (ICSN)1 et directrice du laboratoire commun HitCat, qui développe de nouvelles voies de synthèse pour des médicaments génériques à moindre coût avec l’entreprise Seqens.
Un fer de lance de la souveraineté technologique française
Cette densité rare a donné naissance à un écosystème unique, où recherche fondamentale et innovation industrielle s’entremêlent avec succès. Tirant parti de la présence de centres de R&D de grands groupes tels que Horiba, Danone ou encore Servier, les scientifiques du CNRS et leurs partenaires académiques ont développé une trentaine de structures conjointes de recherche CNRS/entreprise sur le territoire, communément appelées « labcom ». « Collaborer avec des industriels ne représente pas une contrainte, bien au contraire », considère Jacques Gierak. « Les entreprises aussi disposent d’excellents experts, avec qui les échanges sont productifs. En écoutant leurs besoins, la recherche fondamentale peut se développer dans des directions inédites. »
- 1laboratoire CNRS
Avec plus de 260 brevets en cinq ans et une soixantaine de start-ups depuis 2016, Paris-Saclay s’avère offrir un terreau particulièrement fertile pour le transfert vers l’innovation. Et tous les domaines sont concernés : de la santé au spatial, du quantique au climat, de l’énergie aux matériaux, le CNRS continue d’affiner son modèle à Paris-Saclay. Pour Antoine Petit, « l’organisme contribue ainsi à transformer le territoire en l’un des fers de lance de la souveraineté technologique française. »
Par la même occasion, le cluster scientifique et technologique de Paris-Saclay bénéficie d’un rayonnement international exceptionnel. L’Université Paris-Saclay est ainsi le premier établissement français et le treizième mondial du classement de Shanghai en 2025. L’attractivité du territoire se mesure également à l’aune des 117 financements accordés depuis 2014 par le Conseil européen de la recherche à des scientifiques du CNRS ainsi qu’à ses six prix Nobel.
Accompagner le dialogue entre deux mondes
Pour conserver ces avantages stratégiques, il est nécessaire de renforcer le dialogue entre recherche et industrie. « Nous avons besoin de dédramatiser la transition entre ces deux mondes », plaide Jacques Gierak. Une mission à laquelle l’ingénieur de recherche, médaille de l’innovation du CNRS en 2023, contribue en tant qu’ambassadeur de l’innovation du CNRS à Paris-Saclay. L’objectif de ces témoins : partager leur expérience pour encourager leurs pairs à franchir le seuil de la valorisation.
Autre chantier : la pérennité et l’ampleur des financements, y compris européens, dans un contexte d’accélération de la compétition internationale. « En France, nous ne disposons pas d’une culture du capital-risque aussi développée qu’aux États-Unis », remarque Géraldine Masson. « Sans soutien durable, nous risquons de voir partir nos talents vers de nouveaux horizons, qu’ils soient états-uniens ou chinois », complète Pascale Senellart.
Dans ce contexte, le site de Paris-Saclay, érigé en modèle, peut constituer un terrain d’expérimentation pour orienter les politiques d’innovation et structurer les filières industrielles. Les bonnes pratiques développées localement pourraient ainsi se diffuser et devenir un levier de compétitivité plus global.
Au CNRS, les efforts continueront de se porter sur le transfert des résultats vers la société, en droite ligne avec son Contrat d’objectifs, de moyens et de performance. « Nous mettons désormais le cap sur 2036 », conclut Antoine Petit.