Décryptage : pourquoi les femmes renoncent à la contraception ?

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Si à sa création, la contraception féminine  a été associée à une plus grande liberté sexuelle pour les femmes, ces dernières s’en détournent aujourd’hui largement. Elles étaient 55,8% à prendre la pilule en 2005 contre 26,8% en 2023 (d’après les chiffres de la grande enquête nationale de référence CSF parue en 2023). Comment expliquer cet abandon de la contraception féminine et comment mieux accompagner les femmes avec leur contraception ? Alexandra Alvergne, chercheuse en écologie de la reproduction au CNRS nous aide à comprendre pourquoi la pilule ne passe plus.

Pourquoi les femmes renoncent à la contraception ?

Alexandra Alvergne, chercheuse en écologie de la reproduction au CNRS, explique les raisons pour lesquelles les femmes renoncent de plus en plus à la contraception, alors qu'elles ne veulent pas d'enfant. 

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Quelles raisons poussent les femmes à renoncer à la contraception ?

Pour les 800 millions d’utilisatrices de contraception féminine dans le monde, cette baisse s’explique en majorité par un refus des effets secondaires qui sont à la fois physiques (prise de poids, saignements abondants, douleurs), psychologiques ( perte de libido, dépression) et plus systémiques (nausées, vertiges).

Lors de leur création, les contraceptifs étaient pensés dans une optique de contrôle des naissances, au détriment des effets secondaires imposés aux femmes. Aujourd’hui, ces dernières réclament le droit à ne pas souffrir et à reprendre le contrôle de leurs corps.

Est ce que ce phénomène est aujourd’hui compensé par le développement des contraceptions masculines ?

Il est clair que les hommes sont intéressés par l’idée de prendre en charge la contraception. D’autre part, des contraceptions masculines très prometteuses sont en développement. Malgré cette bonne volonté générale, ces traitements vont prendre un certain temps à être commercialisés.  Dans l’ensemble, aujourd’hui, cela ne permet pas encore de contrebalancer le renoncement des femmes à la contraception.

Est-ce que ce phénomène à une incidence sur le nombre de grossesses non-désirées ?

À l’échelle mondiale, 40 % des femmes interrompent une contraception hormonale dans les douze mois suivant son initiation. Si cet arrêt est le plus souvent motivé par un projet de grossesse, près d’un cas sur deux est lié aux effets secondaires. Ces interruptions contribuent à des grossesses non désirées et, dans certains contextes, à des avortements à risque.

Quelles solutions permettraient aux femmes de disposer de leur corps sans mettre en danger leur santé ni souffrir d’effets secondaires ?

Dès qu’il s’agit de la douleur des femmes, en particulier en santé reproductive, celle-ci est trop souvent minimisée. En réaction, beaucoup reprennent le contrôle de leur contraception via des applications de suivi de cycle ou autres méthodes qui demeurent moins fiables que les solutions hormonales. D’où l’importance d’employer un langage juste, reconnaître que la douleur des femmes n’est pas “dans leur tête”, et développer des suivis personnalisés ainsi que des contraceptifs hormonaux adaptés à chaque profil.