Du laboratoire à l’industrie : le CNRS et Bertin Technologies accélèrent leur coopération

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Le 18 juin dernier, à l’occasion de VivaTech, le CNRS et Bertin Technologies ont signé un accord-cadre destiné à renforcer une coopération fructueuse de plus de dix ans. Chercheurs et industriels travaillent ensemble sur des projets de pointe en astronomie, photonique, spatial, optique adaptative ou encore instrumentation scientifique.

Dix années de projets communs, des brevets, des thèses, un laboratoire commun et désormais un accord-cadre. Le CNRS et Bertin Technologies franchissent une nouvelle étape dans une coopération qui illustre la capacité de la recherche publique et de l'industrie à construire ensemble des innovations stratégiques.

« Cette relation existait déjà. Ce que nous souhaitions aujourd’hui, c’était accélérer et donner davantage de visibilité et de cohérence à notre partenariat », explique d’emblée Luc Gaffet, co-directeur de la Business Unit Bertin Winlight. « Bertin devient un compte stratégique pour le CNRS », confie de son côté Pascal Nivesse, Responsable coopération filières électronique et photonique au CNRS.

Pour le fleuron français de la recherche académique comme pour l’industriel européen de l’instrumentation de pointe souveraine pour des applications critiques et scientifiques, cet accord-cadre, signé pour une première durée de cinq ans, vient formaliser une relation devenue stratégique, fondée sur des réalisations concrètes et une ambition commune : transformer l’excellence scientifique en innovations au service de la société.

Une décennie de projets communs 


L’intrication est en effet forte entre le CNRS et Bertin Technologies. Les collaborations se déploient depuis plus d'une décennie dans plusieurs laboratoires de référence, notamment le Laboratoire d'astrophysique de Marseille (LAM)1, l'Observatoire de Paris2, le Centre de recherche astrophysique de Lyon (CRAL)3 ou encore le Laboratoire souterrain à bas bruit (LSBB)4. Elles ont donné naissance à des projets communs dans les domaines de l'astronomie, de l'optique de précision et de l'optique adaptative, ainsi qu'à des thèses CIFRE, des post-doctorats, un laboratoire commun et plusieurs brevets communs.

Parmi les projets récents figurent notamment PACMANS, programme de R&D mené avec le CNRS autour de technologies de polissage de très haute précision, avec des applications notamment dans les miroirs à rayons X pour synchrotrons.

« Sans le CNRS, nous n’y arriverions pas », affirme Eric Compain, Directeur scientifique du groupe Bertin Technologies. Et d’ajouter « nous sommes client et fournisseur, nous faisons de la R&D ensemble, nous partageons du personnel, des infrastructures et des laboratoires communs ». La complémentarité entre les deux acteurs n’est plus à démontrer.

Chercheur travaillant sur les miroirs X. © Bertin Technologies

Construire dans la durée


Cette coopération illustre la vision du CNRS en matière de partenariat industriel. « Nous voulons travailler sur le temps long », rappelle Pascal Nivesse. Avant de préciser : « faire de la recherche fondamentale, c’est essentiel, mais c’est bien aussi de faire de la recherche fondamentale qui sert à l’industrie. » L’objectif de l’institution de recherche n’est pas seulement de produire des connaissances, mais également de permettre leur diffusion vers des applications concrètes.

Dans cette logique, chacun apporte ses forces. Le CNRS met à disposition ses compétences scientifiques, ses plateformes technologiques et ses infrastructures de recherche. Bertin Technologies apporte ses moyens industriels, sa capacité à intégrer des systèmes complexes et sa connaissance des marchés. Les chercheurs accèdent ainsi à des équipements industriels de pointe, tandis que Bertin bénéficie d’avancées scientifiques qu’une entreprise ne pourrait pas toujours explorer seule. « Avoir une relation privilégiée avec le CNRS nous semble évident. L’innovation fait partie de l’ADN de Bertin depuis son origine. Cet accord-cadre est un élément de reconnaissance et de fierté pour Bertin », se réjouit Luc Gaffet.

Fluidifier pour accélérer


Si la coopération est déjà dense entre les deux acteurs, l’accord-cadre doit permettre de franchir une nouvelle étape. « L’accord-cadre, c’est la coopération renforcée et fluidifiée », résume Pascal Nivesse.

Concrètement, cet accord-cadre établit un cadre juridique et opérationnel commun pour la majorité des projets à venir. L’objectif est simple : réduire le temps consacré aux négociations administratives pour se concentrer sur l’innovation. « Pendant que l’on discute du contrat, on ne fait pas de recherche », observe Luc Gaffet. L’accord permettra également de renforcer la coordination entre les deux organisations. Par exemple, un responsable de compte dédié accompagnera le partenariat au sein du CNRS afin d’identifier rapidement les laboratoires et les chercheurs susceptibles de répondre aux besoins exprimés par Bertin.

Au-delà des projets en cours, cette organisation doit permettre d’anticiper davantage les besoins futurs grâce au partage de la feuille de route technologique de l’entreprise. « Un accord-cadre n’a de sens que s’il repose sur un volume important de projets et une volonté réelle de travailler ensemble dans la durée », ajoute Pascal Nivesse. 

Une ambition de souveraineté


La signature de cet accord-cadre intervient dans un contexte où les enjeux de souveraineté technologique occupent une place croissante dans les politiques publiques européennes. Les domaines concernés par la coopération - photonique, spatial, matériaux avancés ou instrumentation scientifique - figurent parmi les secteurs les plus stratégiques pour l’autonomie technologique du continent.

Le programme PACMANS illustre cette ambition. Son objectif est pour l’Europe de rivaliser avec les acteurs étrangers, notamment japonais, qui dominent aujourd’hui certaines technologies critiques de miroirs pour synchrotrons.

D’autres projets concernent les matériaux pour l’infrarouge, les communications optiques spatiales ou encore l’intelligence artificielle embarquée appliquée aux systèmes optiques.

« Cette souveraineté s’appuie sur une autonomie dans le domaine de la recherche et de l’innovation. Cela ne veut pas dire faire seul, mais ne pas dépendre de puissances étrangères pour nos technologies », précise Luc Gaffet.

Signature de l'accord-cadre entre le CNRS et Bertin Technologies, jeudi 18 juin 2026 à Vivatech. Mehdi Gmar, Directeur général délégué à l'innovation du CNRS, et Luc Gaffet, Directeur de la business unit Bertin Winlight. © David Pell

Un signal envoyé depuis VivaTech


Le choix de VivaTech pour officialiser cet accord n’est pas anodin. L’événement rassemble chercheurs, industriels, start-up, investisseurs et décideurs venus du monde entier.

Pour le CNRS, cette signature est aussi une manière de rappeler la place de la recherche publique dans les grandes transformations technologiques contemporaines. « Le CNRS fait partie de la société. Il contribue au monde industriel et aux grandes transformations technologiques de notre époque », souligne Pascal Nivesse.

Au-delà du symbole, l’accord ouvre surtout une nouvelle phase de développement. Nouvelles thèses, projets européens, brevets communs, laboratoires communs ou programmes de recherche : les perspectives sont nombreuses. « Nous travaillons sur des domaines d’applications pratiques qui auront des répercussions pour la société à court terme », conclut Luc Gaffet. 

Intelligence artificielle embarquée, traitement d'image, optique adaptative ou nouveaux matériaux : autant de champs dans lesquels le CNRS et Bertin Technologies entendent poursuivre une coopération désormais inscrite dans la durée.

  • 1

    CNRS/Université Aix-Marseille/CNES

  • 2

    CNRS/Observatoire de Paris - PSL

  • 3

    CNRS/ENS Lyon/Université Lyon 1

  • 4

    CNRS/Université d'Avignon