IRC Arizona : carte d’identité d’une alliance scientifique
Habitabilité, environnement et futur de la santé humaine : le CNRS et l’université d’Arizona mettent à profit l’excellence de leur recherche pour résoudre les défis de demain. Bilan cinq ans après l’établissement de leur partenariat stratégique.
Lorsqu’Antoine Petit, président-directeur général du CNRS, a proposé le concept d’International Research Center, cette nouvelle structure permettant d’instaurer un dialogue stratégique ambitieux entre deux partenaires d’excellence, l’université d’Arizona (U of A) est apparue comme une évidence.
La collaboration entre les deux organismes est fructueuse : plus de 500 articles cosignés par an autour de projets de recherche en astrophysique, en physique des particules ou encore en écologie. Elle est également ancienne : de nombreux partenariats emblématiques, comme le laboratoire international (IRL) iGLOBES sur la gouvernance des ressources naturelles et l’adaptation au changement climatique, sont nés dans les années 2000.
La richesse de cette collaboration a finalement conduit à la création du tout premier IRC du CNRS en 2021, appelé Global Grand Challenges.
Relever les grands défis de demain
L’IRC Global Grand Challenges s’est originellement construit sur trois piliers :
- L’habitabilité sur terre et au-delà, permettant un dialogue entre sciences de l’environnement et de l’univers. Parmi les projets soutenus par l’IRC, l’évaluation des biosignatures d’une lune de Saturne, Encelade, a connu un fort impact médiatique.
- L’eau, l’alimentation et l’énergie durable, formant un nexus pour nourrir la recherche liée à la transition environnementale. Les équipes soutenues par l’IRC abordent notamment la question du déploiement de l’agrivoltaïsme à grande échelle dans les régions arides du globe.
- Le futur de la santé humaine, avec un triple focus sur les évènements climatiques extrêmes, les pollutions émergentes et les pandémies. L’approche intégrative One Health, en particulier, est appliquée aux risques sociaux et environnementaux liés au changement climatique.
L’IRC développe également d’autres sujets de recherche. Les matériaux peuvent ainsi servir de fil conducteur pour des recherches sur l’exploration spatiale, l’extraction de minerais ou encore la fusion nucléaire.
L’université d’Arizona, partenaire d’excellence
Fondée en 1885 et forte de 45 000 étudiants, l’U of A compte dans le paysage académique américain. Ses trois domaines d’excellence :
- Les sciences naturelles et sociales de l’environnement, avec un programme d’écologie dans le top 20 mondial et un programme d’humanités appliquées réputé mondialement pour ses innovations de recherche et de formation.
- L’espace et l’astronomie, les départements concernés rassemblant près de 1 000 personnes ; l’université a la responsabilité de plus de vingt grands télescopes et pilote des missions phares de la NASA telles que HiRISE et OSIRIS-REx.
- Les sciences des données, en particulier pour la recherche spatiale et environnementale et la santé, l’université se hissant régulièrement dans le top 10 mondial dans ce domaine.
C’est un des premiers établissements étatsuniens à avoir mis l’interdisciplinarité au cœur de ses activités : son éventail de Graduate Interdisciplinary Programs, créé dès les années 1960, est un pionnier du genre.
Focus : Biosphere 2, un système écologique artificiel unique au monde
Sous sa cloche en verre, un échantillon de mini écosystèmes reconstitués artificiellement : forêt tropicale, récif corallien, mangrove, bassin versant… De quoi étudier les interactions entre ces environnements et l’impact de différents paramètres (température, précipitations…) de façon contrôlée et centralisée. Avec ses 1,5 hectare d’environnement contrôlé, Biosphere 2 est une infrastructure unique au monde par son échelle. Conçue à la fin des années 1980 pour une expérience de colonisation martienne, elle est gérée par l’U of A depuis 2007.
Aujourd’hui, Biosphere 2 est au cœur des activités de l’IRC Global Grand Challenges, qui utilise l’infrastructure pour mieux comprendre les conséquences du changement climatique.
À cinq ans, l’heure du bilan
Au-delà des co-publications nées de la coopération, des étudiants formés conjointement par le biais d’un programme doctoral conjoint et des colloques rassemblant des communautés de scientifiques CNRS et l'Université d'Arizona, l’IRC a servi de tremplin pour des financements plus importants. La collaboration entre les deux partenaires a ainsi permis de développer trois projets en astrobiologie et en écologie, jusqu’à l’obtention d’importantes subventions de la NSF et de la NASA.
Cinq ans après la signature de l’IRC, le CNRS réaffirme sa position comme partenaire privilégié. L’organisme a même reçu le premier Distinguished Partner in Research Award de l’université américaine en 2026. L’IRC avec le CNRS est ainsi devenu le modèle de collaboration internationale de l’Université d'Arizona.
IRC, une communauté
La force de la collaboration entre le CNRS et l’U of A ne s’arrête pas à la dimension bilatérale. La communauté scientifique s’est appuyée sur l’IRC pour développer une collaboration avec l’université de Sherbrooke autour d’intérêts convergents, en particulier autour des capteurs et de l’analyse environnementale. La création d’un IRC du CNRS avec l’établissement canadien, en 2024, a contribué à accélérer cette tendance. Chercheurs français, étatsuniens et canadiens se sont par exemple associés autour d’un nouveau réseau international du CNRS (IRN) en 2026, nommé ENVIRONET, autour des risques environnementaux et sanitaires dans les environnements sensibles.
Les scientifiques de l’IRC Global Grand Challenges entretiennent également des liens historiques avec l’université de Sao Paulo, autour notamment des laboratoires internationaux du CNRS Mondes en transition et iGLOBES. Depuis la création de l’IRC avec l’université brésilienne en 2024, la collaboration se renforce en sciences humaines et sociales ou encore en écologie.
Les efforts collaboratifs de l’IRC se diffusent au-delà du continent américain. Avec le développement de projets autour de l’agrivoltaïsme au Kenya, les scientifiques exportent leur expertise développée dans le cadre du nexus eau-énergie-alimentation durable. Une façon de répondre aux Objectifs de développement durable onusiens, mais aussi de s’inscrire dans les efforts du CNRS pour renforcer ses liens avec le continent africain, de la publication d’un plan pluriannuel de collaboration avec l’Afrique à la création d’un IRC avec l’université du Witwatersrand en Afrique du Sud, en passant par l’ouverture d’un bureau de représentation à Nairobi au Kenya.
IRC : la science sans frontières
Crise climatique, transition énergétique... Ces défis mondiaux sont au cœur d’une nouvelle forme de coopération nouée par le CNRS avec des universités de premier plan, de Tokyo à Sao Paulo, en passant par Chicago : les centres internationaux de recherche (IRC), au nombre de six. Leurs Présidents se sont réunis le 29 octobre 2025 au siège du CNRS à Paris.