La quatrième cohorte des fellow-ambassadeurs du CNRS réunit des figures majeures de la science mondiale

Institutionnel

Du prix Turing au prix Nobel, de l’immunologie à l’histoire du cinéma, le CNRS accueille une nouvelle promotion de fellow-ambassadeurs dont les travaux redessinent les frontières de la recherche contemporaine. Une cohorte marquée par l’excellence scientifique, l’interdisciplinarité et les grands enjeux stratégiques du XXIe siècle : intelligence artificielle, santé, calcul haute performance, climat, énergie ou encore mémoire des sociétés.

Avec cette quatrième cohorte, le programme des fellow-ambassadeurs du CNRS confirme son ambition : faire du CNRS un point de convergence des grandes communautés scientifiques internationales. Chercheuses et chercheurs venus des États-Unis, du Canada, du Brésil, du Japon ou encore d’Allemagne rejoignent cette année le réseau des fellow-ambassadeurs du CNRS.  

Leurs travaux couvrent des domaines aussi variés que le calcul haute performance, les mathématiques, l’écologie, la physique des matériaux, l’immunologie ou les études cinématographiques. Tous partagent un même point commun : des contributions scientifiques qui structurent déjà les recherches et les technologies de demain.

Les fellow-ambassadeurs du CNRS 2026-2028 : 

Cathleen M. Crudden, chimie organométallique, Etats-Unis

© Droits réservés

Formée à Toronto, Ottawa et Urbana–Champaign (États-Unis), Cathleen Crudden prend la direction de sa première équipe à l’Université du Nouveau-Brunswick. Elle rejoint ensuite Queen’s University en 2002 où elle fonde le Carbon to Metal Coating Institute, un centre de recherche consacré à l’étude des liens entre le carbone et le métal qu’elle dirige toujours aujourd’hui.

Ses premières contributions marquantes concernent les réactions de couplage croisé, des outils essentiels pour la fabrication de nombreuses molécules pharmaceutiques. Elle est la première à montrer qu’il est possible de réaliser ce type de réaction de manière énantiospécifique, c’est-à-dire en contrôlant la chiralité, une propriété clé des molécules biologiquement actives.

Ses résultats obtenus dans un tout autre domaine, celui des revêtements organiques sur métaux, ont également profondément changé la donne. Pendant plus de trente-cinq ans, aucune technique fiable ne permettait d’attacher solidement des molécules organiques à des surfaces métalliques pour par exemple les protéger de la rouille. Cathleen Crudden a montré que des petites molécules à base de carbone, appelées carbènes N-hétérocycliques (NHCs), pouvaient se lier aux métaux pour former des films organiques d’une stabilité exceptionnelle résistants à l’oxydation, aux solvants et aux températures extrêmes. Ces véritables « peaux organiques » ouvrent la voie à des biosenseurs plus sensibles, à des revêtements anticorrosion pour l’énergie éolienne en mer, à de nouveaux matériaux pour les semi-conducteurs, et même à des applications biomédicales dans la détection ou le traitement du cancer. 

Scientifique reconnue dans le monde entier, membre élue de la Société royale du Canada, de la Royal Society of Chemistry (R.-U.), et de l’American Academy of Arts and Sciences, Cathleen Crudden cumule les distinctions, parmi lesquelles le John Polanyi Award (2023), le Cope Scholar Award de l’American Chemical Society (2019) ou encore la Médaille de Montréal (2019). Elle est également rédactrice en chef de la revue ACS Catalysis, une des plus prestigieuses publications internationales en catalyse.

Jack Dongarra, calcul haute performance, États-Unis

Jack Dongarra
 © Tara Kneiser

Jack Dongarra est un Distinguished Professor Emeritus en informatique au Electrical Engineering and Computer Science Department à l’Université de Tennessee à Knoxville. Il est également un Distinguished Research Staff member dans la Computer Science and Mathematics Division au laboratoire national Oak Ridge, détenteur d’un Turing Fellowship de la School of Mathematics de l’Université de Manchester, et un adjunct professor and teacher au Computer Science Department de la Rice University.

Il est spécialisé dans les algorithmes d’algèbre linéaire, le calcul parallèle, l’utilisation des architectures d’ordinateurs complexes, les paradigmes de programmation et les outils pour le calcul parallèle. Il est un pionner du calcul haute performance, ses travaux et codes ont permis au domaine de se développer au fur et à mesure que le hardware et le parallélisme progressaient et permit l’émergence du calcul haute performance. 

Ces travaux ont été récompensés par le prix Turing en 2021, « le nobel de l’informatique », pour ses contributions avant-gardistes aux algorithmes numériques et aux bibliothèques qui ont permis aux logiciels de calcul haute performance de suivre le rythme des améliorations exponentielles du matériel informatique pendant plus de quatre décennies.

En France, il joue un rôle très important auprès de la communauté du HPC depuis plusieurs décennies.

Giulia Galli, physique et chimie théorique, États-Unis

© Giulia Galli CC BY-SA 4.0

Professeure à l’Université de Chicago et chercheuse à l’Argonne National Laboratory, Giulia Galli est une figure de renommée internationale dans les domaines de la physique et de la chimie théorique. Elle est notamment spécialisée en modélisation des matériaux, science computationnelle et simulation à l'échelle atomique. Son expertise couvre des champs stratégiques pour le CNRS, en particulier les matériaux pour l’énergie, la simulation quantique, et l’étude des interfaces solide-liquide pour des applications en stockage d’énergie et en électrocatalyse. Giulia Galli est également une pionnière dans l’application des méthodes d’intelligence artificielle pour accélérer les simulations atomiques.

Giulia Galli a mené une carrière marquée par des contributions scientifiques majeures récompensées par de nombreux prix prestigieux tels que le Prix Feynman en Nanotechnologie et son élection à l’Académie américaine des arts et des sciences. Son rayonnement international se traduit aussi par son rôle actif dans des collaborations interdisciplinaires d’envergure et ses contributions aux projets phares sur la simulation quantique.

Mattias Jonsson, géométrie et dynamique complexes, Etats-Unis

© Johanna Eriksson
© Johanna Eriksson

Après avoir obtenu un doctorat en mathématiques à l'Institut royal de technologie (KTH) de Stockholm en 1997, Mattias Jonsson a passé la majeure partie de sa carrière à l'université du Michigan, avec une période en tant que professeur à KTH et des postes de chercheur invité à l'Institut des hautes études scientifiques, à l'École polytechnique, à l'Université technologique de Chalmers et à Sorbonne Université. Il est devenu Professeur des universités en 2009, est membre de l'American Mathematical Society et a été lauréat d’un financement de la Fondation Simons en 2023–2024.

Initialement axées sur la dynamique complexe de dimensions supérieures, ses recherches se sont récemment orientées vers les techniques non archimédiennes en géométrie et dynamique complexes, avec un intérêt particulier pour les espaces de Berkovich. Il est l'auteur de plus de soixante articles de recherche en mathématiques, dont plusieurs publiés dans des revues de premier plan, et a encadré une douzaine de doctorantes et doctorants. En collaboration avec Sébastien Boucksom, il a utilisé une approche non archimédienne pour réaliser des avancées importantes sur la conjecture de Yau-Tian-Donaldson, contribuant ainsi à la compréhension des conditions de stabilité et des métriques canoniques sur les variétés complexes.

Eduardo Morettin, cinéma et histoire, Brésil

© Amanda Ferreira - 2025
© Amanda Ferreira - 2025

Historien et chercheur brésilien, Eduardo Morettin est professeur à l’École des Communications et des Arts de l’université de São Paulo, où il enseigne l’histoire du cinéma et de l’audiovisuel. Formé en histoire, puis en arts, il a réalisé un postdoctorat à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ses travaux portent sur l’histoire du cinéma et des études audiovisuelles, avec une attention particulière aux relations entre images, mémoire et écriture de l’histoire. Il s’intéresse notamment à l’analyse des films comme sources historiques, en explorant leurs liens avec les contextes politiques, culturels et historiographiques dans lesquels ils s’inscrivent.

Il a notamment travaillé sur des figures majeures du cinéma brésilien comme Humberto Mauro et Glauber Rocha et a ainsi publié, en 2013, l’ouvrage Humberto Mauro, Cinema, História, et dirigé en 2020 l’ouvrage collectif A recepção crítica de Glauber Rocha no exterior (1960–2005). Il a dirigé de nombreux autres ouvrages collectifs (Cinema e espaços de perpetração: imagens e lugares de memória das ditaduras do Brasil e do Cone Sul en 2025, O cinema e as ditaduras militares: contextos, memórias e representações audiovisuais en 2018, História e Documentário en 2012 et História e Cinema: dimensões históricas do audiovisual en 2011) et coordonné des dossiers thématiques de revues sur le cinéma et l’histoire. Il a par ailleurs été rédacteur de la revue Significação – Revista de Cultura Audiovisual (2010–2020).

Il coordonne actuellement le groupe de recherche História e Audiovisual: circularidades e formas de comunicação qui organise notamment un colloque international sur le cinéma et l’histoire. Professeur invité à l’Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine de l’université Sorbonne Nouvelle en 2019, Eduardo Morettin a effectué plusieurs séjours de recherche à la New York University en 2024–2025, ainsi qu’à l’Universidad de Buenos Aires en 2026.

Ses recherches contribuent à une compréhension approfondie du rôle du cinéma dans la construction des imaginaires historiques et des mémoires collectives, à l’articulation entre analyse esthétique des images et problématiques historiographiques.

Julian D. Olden, écologie, Etats-Unis

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Julian D. Olden est professeur à la Faculté des sciences aquatiques et halieutiques de l'Université de Washington, aux États-Unis. Écologiste, il se consacre à l'excellence scientifique et à l'impact social dans les domaines de l'écologie des eaux douces, de la conservation et du changement climatique mondial. Ses travaux encouragent l'adoption de principes de conservation fondés sur la science pour une gestion durable des eaux douces, grâce à des recherches captivantes et percutantes ainsi qu'à des collaborations authentiques qui transcendent les frontières disciplinaires et sectorielles. Il a été récompensé à plusieurs reprises pour ses réalisations et ses contributions durables envers la science, notamment en étant désigné comme l’un des chercheurs les plus cités du Web of Science depuis 2018. Il a été nommé membre de l’Ecological Society of America (2022), de l’American Fisheries Society (2020) et de l’Aldo Leopold Leadership Program (2015), et a reçu le prix Early Career Conservationist Award de la Society for Conservation Biology en 2010. Son parcours témoigne de son dévouement à la science, comme en atteste son rôle actuel parmi les dix scientifiques internationaux siégeant au comité consultatif scientifique externe de The Nature Conservancy.

Shimon Sakaguchi, immunologie, Japon

© Akira fujikawa
© Akira fujikawa 

Shimon Sakaguchi étudie les mécanismes immunologiques impliqués dans le maintien de la tolérance et la prévention des maladies auto-immunes. Ses travaux portent principalement sur l’identification et la caractérisation des lymphocytes T régulateurs (Tregs), un sous-type de cellules immunitaires essentiel au contrôle des réponses immunitaires excessives. Il a notamment démontré le rôle crucial de ces cellules dans la prévention des réactions auto-immunes et dans l’équilibre du système immunitaire. Ses recherches ont profondément renouvelé la compréhension des processus de tolérance immunitaire et ouvert de nouvelles perspectives thérapeutiques, notamment en cancérologie et dans les maladies inflammatoires chroniques. Reconnu internationalement, il a reçu de nombreuses distinctions pour ses contributions majeures à l’immunologie moderne, notamment le prix im de physiologie ou médecine 2025. 

Nigel Smith, physique des particules, Canada

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Nigel Smith, membre de la Royal Society (FRS), est directeur général de TRIUMF, le centre canadien d'accélérateurs de particules, poste qu'il occupe depuis mai 2021. Il a pendant 12 ans occupé le poste de directeur exécutif de SNOLAB, où il reste directeur exécutif émérite. Il est professeur honoraire et professeur adjoint à l'Université de Victoria, et occupe une chaire de professeur invité à l'Imperial College de Londres.

En tant que directeur de TRIUMF, le Dr Smith s'appuie sur une vaste expérience en matière de stratégie et de leadership acquise dans le cadre du développement d'installations de recherche scientifique au Royaume-Uni et au Canada. Il a été élu à la Royal Society de Londres en 2025 et est membre de l’Institut canadien de recherches avancées (ICRA) dans le cadre du programme Earth4D. Il est président ou membre de groupes consultatifs pour trois installations souterraines, a été nommé au conseil d’administration des Laboratoires nucléaires canadiens et est président du conseil d’administration de l’Institut canadien d’informatique quantique.

En tant que scientifique, Nigel Smith a mené des recherches de pointe à l’échelle mondiale dans des environnements extrêmes, notamment en astrophysique et en astronomie, en sciences souterraines profondes et dans la recherche sur la matière noire. Il est titulaire d’une médaille du Congrès américain pour services rendus en Antarctique, pour avoir hiverné à la station Amundsen-Scott au pôle Sud, étant le premier Britannique à avoir hiverné au pôle même.

Il a obtenu une licence en physique à l'université de Leeds, au Royaume-Uni, en 1985, puis un doctorat en astrophysique à la même université en 1991. Avant de s'installer au Canada, il a été maître de conférences à l'université de Leeds, chercheur associé à l'Imperial College de Londres, chef de groupe (matière noire) et directeur adjoint de division au laboratoire Rutherford Appleton du STFC.

Gabriele Steidl, apprentissage automatique et traitement d'images, Allemagne

© Sven O. Krumke
© Sven O. Krumke

Gabriele STEIDL, née Drauschke, est une chercheuse allemande dont les thématiques de recherche sont à l’interface entre les mathématiques et les sciences informatiques. Plus précisément, elles portent sur le traitement d’images, l’apprentissage automatique, le transport optimal, l’optimisation et l’analyse harmonique appliquée et computationnelle. Gabriele STEIDL, est fellow de la Society for Industrial and Applied Mathematics en 2022 pour ses contributions à l’analyse harmonique computationnelle et aux sciences de l’imagerie.

Gabriele STEIDL a fait ses études à l’Université de Rostock en Allemagne. Après son habilitation à l’Université de Rostock, elle réalise des postdocs à l’Université de Debrecen (Hongrie), au Banach Center Warsaw et à l’Université de Zuerich. Elle devient ensuite consultante auprès de l’association Verband Deutscher Rentenversicherungsträger à Francfort-sur-le-Main. Elle poursuit sa carrière en tant que professeure assistante à l’Université technique de Darmstadt, puis devient professeure à l’Université de Mannheim. Gabriele STEIDL continue sa carrière de professeure à l’Université technique de Kaiserslautern et de consultante de l’Institut Fraunhofer. Elle est aujourd’hui professeure au département de mathématiques de l’Université technique de Berlin.

Fellow-ambassadeurs du CNRS, un pont vers l’international

Comment favoriser les échanges scientifiques entre la France et l’International ? Avec le programme fellows-ambassadeurs, le CNRS propose une solution en invitant des scientifiques de renom pour des mandats de trois ans. Chaque année, une dizaine de nouveaux fellows rejoignent le programme, s’engageant à collaborer au moins un mois par an avec des laboratoires français et à partager leur expertise. Ce reportage vous emmène à la rencontre de ces chercheurs d’exception, qui explorent des enjeux variés : de la restauration du patrimoine à l’astrophysique, en passant par les neurosciences. Une immersion dans un programme qui renforce les liens entre la science française et la communauté internationale, et ouvre la voie à des découvertes innovantes.

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