La transition environnementale s’enracine au CNRS

Institutionnel

Un an après la publication du premier schéma directeur développement durable et responsabilité sociétale du CNRS, une journée dédiée à la transition environnementale de la recherche confirme l’appropriation de la démarche à tous les échelons de l’organisme. 

Ce vendredi 6 février 2026, l’auditorium du siège parisien du CNRS affichait salle comble. Idem en ligne, où près de 600 personnes assistaient à l’événement à distance. La raison d’une telle affluence ? Ici, nulle star de renommée internationale, mais une problématique affectant l’ensemble des laboratoires sous cotutelle CNRS : la transition environnementale de la recherche.

Un an après la publication du schéma directeur développement durable et responsabilité sociétale du CNRS, force est de constater, au vu du succès de la troisième journée transition environnementale de la recherche, à quel point celle-ci s’est enracinée à tous les niveaux de l’organisme. Des laboratoires à la gouvernance, chaque entité de l’institution s’est appropriée les principes directeurs de ce document stratégique. Au niveau local, la délégation Paris-Normandie, l’une des dix-sept délégations régionales du CNRS, a par exemple déployé un plan d’actions pour ses trois sites normands (Caen, Le Havre et Rouen). Objectif : mesurer l’empreinte environnementale de la recherche pour mieux agir sur ses causes. En sus de leur intérêt pour la réduction de l’impact environnemental de l’organisme, ces plans d’action renforcent la cohésion des collectifs de travail. C’est particulièrement vrai à l’échelle des unités de recherche. Cristinel Diaconu, directeur du Centre de physique des particules de Marseille, témoigne ainsi que « la transition environnementale au sein des unités consolide la cohésion du personnel, valorise les compétences et l’esprit d’initiative et renforce la performance et la qualité des projets scientifiques et de R&D ».

Ces actions locales, pour partie soutenues par l’appel à initiatives Transition environnementale (ouverture de la nouvelle édition le 24 mars, voir au bas de l'article) et dont certaines étaient rassemblées dans une exposition au siège du CNRS, sont d’autant plus efficaces qu’elles s’inscrivent dans une coordination nationale entre les tutelles de chaque entité. Blandine De Geyer, référente nationale transition environnementale au CNRS, rassure les laboratoires : « Vous avez certes plusieurs tutelles, mais celles-ci ont les mêmes cadre et référentiel », prenant pour exemple la déclaration commune en janvier 2024 des seize organismes nationaux de recherche en faveur de la transition environnementale. Armelle Carnet, directrice responsabilité sociétale et environnementale à l’Inrae, abonde en son sens : « La transition environnementale de la recherche résulte d’une combinaison entre les actions au sein des unités et les injonctions des tutelles, souvent réclamées par les directions des laboratoires. D’où l’importance de formaliser des règles communes entre partenaires ».

Deux personnes échangent autour d'un poster accroché dans une exposition
L'exposition "Initiatives pour la transition environnementale" a permis de mettre en lumière et d'échanger autour de plusieurs projets soutenus par le CNRS.Prem-C

Du local au national

De fait, « les actions sont parties des unités et ont grandement inspiré l’élaboration du schéma directeur, confirme Blandine de Geyer. L’enjeu est désormais de faire le lien entre les initiatives des unités et les contraintes des directions fonctionnelles ». Pour faire ce lien, plusieurs dispositifs de coordination et de partage d’information au sein des filières métier ont vu le jour au CNRS en un an. Sur le plan de la sobriété de ses bâtiments et de ses installations scientifiques, le CNRS peut se targuer d’avoir d’ores et déjà diminué de presque 10 % sa consommation énergétique depuis 2019. Ceci s’explique entre autres par des initiatives locales. À Toulouse, le Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes a réussi le pari de réduire de 76 % sa consommation de gaz et de 37 % sa consommation électrique par la combinaison de travaux immobiliers et d’optimisation des usages de sa salle blanche, très énergivore. Un succès qui inspire toute la filière technique, grâce au plan d’action éco-énergie, un dispositif mis en place en 2024 pour identifier tous les projets, à l’échelle locale, susceptibles d’optimisation énergétique. Ou, pour reprendre les termes de Nicolas Klein, référent sobriété énergétique à la direction de la stratégie financière, de l'immobilier et de la modernisation du CNRS, il s’agit de « faire la publicité de ce qui a bien marché au niveau local vers le niveau national pour qu’une réussite puisse être transposée ailleurs ».

Aérocondensateurs sur le toit du LAAS-CNRS, à Toulouse
Les travaux de rénovation du LAAS, à Toulouse - comme ici, des aérocondensateurs pour récupérer la chaleur fatale -, ont permis de diminuer de 76 % sa consommation de gaz et de 37 % sa consommation électrique.© LAAS-CNRS

Une coordination nationale émerge également sur le front des achats, principale source d’émissions de gaz à effet de serre du CNRS (85 %) comme l’a montré son deuxième bilan carbone. Plaidant pour une économie circulaire intra-laboratoires, Guillemin Raymond, gestionnaire au Laboratoire interdisciplinaire de physique1  à Grenoble, loue les mérites de la « Matosthèque », une plateforme open-source de mutualisation d’équipement qu’il a co-conçue. À la manière d’une bibliothèque, la plateforme favorise les prêts entre agents d’une même unité de petits matériels oubliés dans les armoires. Et, ce faisant, limite la surconsommation d’achats redondants. Avec des gains notables pour l’unité. « Grâce à la Matosthèque, nous avons économisé 235 000 € et évité 71 tonnes d’équivalent CO2 », s’enorgueillit Guillemin Raymond. Un tel dispositif a suscité l’attention d’une trentaine de laboratoires et la création d’une matosthèque dans six d’entre eux. Au plan national, il s’articule parfaitement avec l’économie circulaire inter-laboratoires que promeut, depuis 2008, la Bourse aux matériels. Rachat, prêt ou cession de petits matériels ou d’équipements scientifiques entre unités sous cotutelle CNRS : « c’est Le Bon Coin de l’ESR », plaisante Sébastien Turci, à la tête de la direction déléguée aux achats et à l’innovation.

Au-delà du carbone : la biodiversité et la durabilité

Désormais bien enracinée, la transition environnementale vise d’autres domaines que la seule question du carbone. Au premier lieu l’impact de la recherche sur la biodiversité. Plus difficile à calculer que les émissions de gaz à effet de serre, on peut toutefois l’estimer à l’aide d’un outil reposant sur des données et protocoles scientifiques, le Global Biodiversity Score

  • 1CNRS / Université Grenoble Alpes.
Les armoires du LIPhy avant/après l'installation de la Matosthèque
La Matosthèque a permis de réduire considérablement les achats de petit matériel en favorisant le prêt et le réemploi au sein du LIPhy. À gauche, état des armoires du laboratoire avant la Matosthèque ; à droite, après.© Guillemin RAYMOND / LIPhy

En complément de cette approche globale de l’impact sur la biodiversité, le CNRS mènera prochainement des études scientifiques à l’échelle locale. Pour ce faire, il initiera, à compter du printemps 2026, un observatoire de la biodiversité sur ses propres sites, à commencer par le campus de Gif-sur-Yvette (Essonne), l’un des plus arborés.

Plus généralement, le CNRS entend prendre en compte l’ensemble de ses impacts sur les limites planétaires, dont sept ont déjà été dépassées au niveau mondial. Un même terme les réunit : la « durabilité » de la science. Et pour réintégrer cette dernière dans ces limites planétaires, le CNRS a prévu dans son schéma directeur la création d’un centre de compétences en durabilité, sur le modèle de celui de l’université de Lausanne, en Suisse. L’organisme de recherche français a d’ores et déjà posé les premières briques de ce futur centre. Le groupement de recherche et de services EcoInfo, consacré à l’informatique durable depuis bientôt vingt ans ; le groupement de recherche Labos 1Point5, connu tant pour ses travaux scientifiques que son outil GES 1Point5 à destination des laboratoires ; l’unité d’appui et de recherche (UAR) Utopii, dédiée à l’évaluation environnementale des projets de recherche en ingénierie ; ou encore l’UAR Exchanges, créée en septembre 2025 pour faire le lien au sein des sciences humaines et sociales et avec les autres sciences sur la question des changements globaux.

Autant de structures qui confirment les propos d’Antoine Petit, président-directeur général du CNRS : « Loin d’être une contrainte, la transition environnementale de nos activités représente aussi bien une opportunité de bâtir une meilleure recherche et une source d’innovations scientifiques et organisationnelles, de façon à diminuer l’empreinte environnementale de la science tout en maintenant son niveau d’excellence au service de la société ».

Ruches et forêt en libre évolution sur le campus du CNRS à Gif-sur-Yvette (Essonne)
Le campus arboré du CNRS à Gif-sur-Yvette (Essonne) fera l'objet du premier un observatoire de la biodiversité de l'organisme.CNRS