L’observatoire Vallot, une station de recherche en haute altitude
Niché à plus de 4300 mètres d’altitude, l’historique observatoire Vallot abrite régulièrement des expéditions scientifiques.
Sixième et dernier volet d'une série de six articles sur les lieux insolites de la recherche au CNRS.
C’est l’un des observatoires les plus hauts d’Europe. À 4350 mètres, l’Observatoire Vallot, du nom de son concepteur, héberge des scientifiques pour des missions d’une journée à quelques semaines. Comme perdu au milieu de l’immensité de la masse neigeuse qui l’entoure, le bâtiment se situe sur la voie normale d’ascension au toit du Mont-Blanc. Il faut une journée de marche entre les couloirs d’avalanches et les séracs pour y accéder, même si les arrivées et venues de matériels et d’équipes se font la plupart du temps à l’aide d’un transport héliporté. Pour effectuer des recherches dans ces hautes altitudes, les scientifiques acceptent d’abord de se soumettre à un test d’entrainement à l’effort et un caisson hyperbare est disponible sur place en cas de mal aigu des montagnes. En dépit de sa difficulté d’accès, l’observatoire Vallot attire toujours autant les scientifiques. Et pour cause : « les lieux de haute altitude comme celui-ci ne sont pas nombreux en Europe. Ils restent des lieux inestimables pour étudier l’évolution du climat mais aussi y effectuer des mesures glaciologiques, météorologiques ou encore sismologiques », soutient Delphine Six, directrice adjointe de l’Institut des géosciences de l’environnement (IGE)1 .
Un observatoire exceptionnel en Europe
Aujourd’hui, cette station d’altitude offre aux glaciologues l’occasion de réaliser, entre autres, des forages d’exploration en très haute montagne pour extraire des échantillons de glace, ce qui leur permet de suivre la composition de l’atmosphère et l’évolution du climat à travers les âges. À ces altitudes où les glaciers n’ont pas encore fondu, les glaciologues peuvent observer l’atmosphère d’il y a plus de 2000 ans, soit à peu près celle à l’époque de la Rome antique. Une donnée impossible à extraire ailleurs : « Pour réaliser nos carottages et obtenir des échantillons exploitables, il faut que la neige n’ait pas encore commencé sa fonte. Sinon, l’eau s’infiltre dans le manteau neigeux et cela brouille le signal. Il est normalement possible de réaliser ce type de mesure à plus basse altitude, mais avec le réchauffement climatique, la glace s’est réchauffée et ces glaciers deviennent de plus en plus inexploitables », explique Bruno Jourdain, enseignant-chercheur à l’université Grenoble Alpes au sein de l’IGE.
- 1CNRS / Inrae / IRD / Université Grenoble Alpes.
Sur place, les scientifiques étudient aussi l’évolution d’un des glaciers de haute altitude, ces masses de glace qui les inquiètent. « Il y a très peu de glaciers à plus de 3500 mètres dans les Alpes. Or, il en existe un près de l’observatoire Vallot, le glacier de Taconnaz, sur lequel nous effectuons des mesures depuis plusieurs années. Ce suivi a montré que même si la physionomie de ces glaciers change peu pour l’instant, en réalité leur température interne se réchauffe, ce qui pourrait augmenter localement les risques d’avalanches et de chutes de séracs », poursuit Bruno Jourdain.
Un chalet historique
Construit en 1898, l’observatoire Vallot a fait l’objet de multiples rénovations depuis sa construction. L’aura du lieu reste intimement liée à celle de son concepteur, à savoir le scientifique Joseph Vallot. Ce savant à la fois alpiniste, naturaliste et botaniste gravit au cours de sa vie trente-quatre fois le Mont-Blanc et consacra quarante années de sa vie à l’étude des glaciers et de la météorologie de très haute altitude. Lui-même confiera dans ses mémoires avoir voué « son existence » au Mont-Blanc. « Joseph Vallot est dans la même veine que ces savants alpinistes comme Horace Bénédicte de Saussure qui commencent à s’intéresser à des sciences alors embryonnaires comme la glaciologie, la géologie ou encore la météorologie et qui voient dans la haute montagne un terrain d’expérience hors du commun », commente Christian Vincent, ingénieur de recherche CNRS à la retraite et ancien membre de l’IGE.
Pour édifier l’observatoire auquel il tient tant, Vallot monte une véritable expédition. La construction de l’édifice nécessitera ainsi l’aide de nombreux porteurs pour faire parvenir les matériaux au sommet de l’arête rocheuse. L’observatoire fera lui-même l’objet de plusieurs tentatives de construction. Bâti initialement sur une plateforme neigeuse, le premier observatoire sera rapidement enseveli par la neige. Démonté puis reconstruit, le chalet sera finalement installé sur l’arête rocheuse qui l’accueille toujours aujourd’hui.
Des recherches variées
À la mort de son concepteur, le chalet sera un temps légué à un homme d’affaires indien avant d’être cédé à l’Observatoire d’astrophysique du globe dans les années 1930. Il devient la propriété du CNRS en 1973 après avoir été à l’abandon pendant plus de trois décennies. Une tâche de rénovation d’ampleur débute alors, où sont rénovés le bardage extérieur du bâtiment ainsi que sa toiture. La station d’altitude fera également à cette occasion l’objet de travaux de sécurisation et de réaménagement intérieurs. Trente ans plus tard, une nouvelle salve de travaux de rénovation sera menée entre 2015 et 2019 par la délégation Alpes du CNRS, en particulier pour renforcer le confort et la mise aux normes réglementaires du site. Cette rénovation d’ampleur a permis de réaménager l’intérieur du bâtiment en créant un espace de vie et un sas d’entrée, de renforcer son isolation thermique et de le mettre aux conformités électriques ainsi que de revoir les normes de chauffage. Un accès extérieur sécurisé à l’aide de passerelles a aussi été remis à neuf.
Depuis, les scientifiques de tout bord se relaient plusieurs fois par an à l’observatoire Vallot. Outre les recherches en glaciologie, l’observatoire a pendant longtemps été un lieu dédié aux recherches sur la médecine de haute montagne. Les recherches menées sur le site pendant près d’une vingtaine d’années ont ainsi permis de mieux comprendre les effets de l’altitude sur la physiologie humaine et plus particulièrement d’expliquer une pathologie comme le mal aigu des montagnes. Encore aujourd’hui, l’observatoire n’abrite pas seulement les recherches du CNRS et ouvre volontiers ses portes à d’autres instituts. Il possède aussi une station météorologique d’altitude maintenue par l’IGE, dont les données peuvent être utilisées par d’autres scientifiques travaillant sur les modèles météorologiques. Depuis peu, le centre abrite également un sismographe installé par l’Institut des sciences de la Terre1 . Cet instrument doit permettre, entre autres, d’obtenir un suivi sismique plus fin de la région.
- 1CNRS / IRD / Université Grenoble Alpes / Université Savoie Mont-Blanc.