L'œil du CNRS : la collaboration internationale renforce nos stratégies de santé

Institutionnel

Le sommet international One Health, qui se tient du 5 au 7 avril, vise à renforcer notre santé collective en tenant compte du rôle majeur de l’environnement. Le CNRS a fait de ce sujet une priorité. Tour d’horizon d’une science en pleine ébullition.

L’œil du CNRS

L’œil du CNRS rebondit sur des évènements internationaux majeurs tels que le Sommet One Health. Il offre une capture, au temps T, de la recherche en cours, révélant plusieurs angles complémentaires : les atouts de l’interdisciplinarité, l’innovation avec la société, l’anticipation du futur et le dialogue international.

Les pays du Nord et du Sud se réunissent à Lyon pour le One Health Summit, du 5 au 7 avril. Il flotte un air de GIEC1 , mais pour la santé. Le sommet One Health vise, comme le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), à fixer des recommandations concrètes, fondées sur la science. De nombreuses organisation et de nombreux chefs d’État et acteurs de la société civile répondent présents à ce sommet initié par une coalition scientifique dont le CNRS fait partie. L’approche « One Health » est désormais jugée incontournable face aux risques de pandémies, comme celle du Covid-19, et aux crises environnementales. Le CNRS, doté d’une feuille de route Santé nourrie de l’approche One Health, vise l’impact.

  • 1Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) est un organisme intergouvernemental chargé d'évaluer l'ampleur, les causes et les conséquences du changement climatique en cours.

C’est quoi le « One Health » ?

L’approche « One Health », ou « une seule santé » tient compte des liens étroits entre les santés humaines, animales et des écosystèmes. Quelques illustrations : 60% des maladies infectieuses sont d’origine animales, les maladies et ravageurs causeraient 40% des pertes de cultures vivrières mondiales, la déforestation accroît le risque d’exposition à des pathogènes…  L’approche « One Health » valorise des solutions concrètes, bonnes pour les humains et l’environnement. Le sommet One Health, auquel le CNRS contribue, identifie quatre grands thèmes : 

  • Les maladies vectorielles et zoonoses1  (ex : paludisme, dengue, rage, virus Nipah), 
  • La résistance aux antibiotiques,
  • Les systèmes alimentaires durables, 
  • L’exposition aux pollutions.
  • 1Les maladies vectorielles sont transportées par des organismes vivants. Les zoonoses sont des maladies transmises à l’homme par des animaux vertébrés.

Audace interdisciplinaire

Le CNRS, présent sur toutes les disciplines1 , dispose d’atouts incroyables : géographes, chimistes et géophysiciens assurent la vigie des pollutions dans les jardins strasbourgeois et les écoles franciliennes. Écologues, ethnobiologues et géochimistes détaillent les pistes qui mènent à une alimentation saine, 100% bio ou encore sans risque d’intoxication au plomb ou au cadmium. Des spécialistes de la biochimie, de la chimie physique ou encore de la microbiologie unissent leurs connaissances face à l’épineux défi des PFAS, ces « polluants éternels ». Médecins et sociologues s’allient pour trouver des solutions face à l’antibiorésistance et élaborer des thérapies plus ciblées. Biologistes, virologues et anthropologues partagent leurs outils face à l’épidémie de Chikungunya à La Réunion ou pour surveiller les maladies zoonotiques émergentes en Camargue… 

Ces connaissances, réunies par le CNRS, guident les décisionnaires publics. Ils peuvent s’appuyer sur les expertises collectives2 , comme celle sur le casse-tête des micro-plastiques. Les citoyens, également acteurs, ne sont pas en reste : le CNRS pilote l’Année de la Santé 2026, un large dispositif pour partager la recherche aux jeunes générations, de la maternelle à l’enseignement supérieur. Mis bout à bout, ces travaux fondent notre santé collective.

Transverses et Interdisciplinaires (MITI) du CNRS exploite ce potentiel pour soutenir les prises de risques, la rupture et l’émergence.

  • 1La Mission pour les Initiatives
  • 2La Mission pour l’expertise scientifique (MPES) du CNRS coordonne des expertises scientifiques collectives (ESCO), états de l’art scientifiques sur des sujets majeurs.

Innover avec la société

Reste à agir. Le CNRS accompagne les industries pour « réduire les pollutions ». Étape 1 : détecter les PFAS, ces « polluants éternels ». Et ce facilement, grâce au détecteur portable de la start-up Grapheal, issue des recherches du CNRS et retenue par le Fonds de dotation du conseil européen de l’innovation (EIC). Étape 2 :  dépolluer l’eau… oui mais avec des matériaux durables, comme Carb’eau, un charbon actif végétal « made in France », soutenu par l’ADEME et co-créé par le CNRS, le Groupe Bordet et Suez. Étape 3 : réinventer des produits pour qu’ils évitent au maximum l’usage de polluants. Par exemple, une chercheuse du CNRS a inventé un électrolyseur sans membrane, procédé pour la producation hydrogène pour pouvoir se passer totalement de PFAS. Une idée prometteuse pour le monde industriel que le CNRS accompagne grâce à son programme de prématuration.

Le CNRS innove aussi avec les pouvoirs publics, responsables d’assurer la santé des habitants. Un projet co-construit avec l’Eurométropole de Strasbourg et la DREAL Grand Est exploite l’intelligence artificielle et des capteurs « low tech »1  pour traquer les débris de plastiques dans les rivières urbaines. Avec le Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (SIAAP), le CNRS a développé de nouveaux modèles mathématiques pour surveiller la dynamique des virus dans les eaux de Seine.

  • 1 Une « low tech » est une technique durable, simple et appropriable par le plus grand nombre.
Photographie aérienne de bâtiments végétalisés. © Wang / Unsplash

Préparer le futur 

Il faut également construire « des alternatives ». C’est le but du Living Lab (« laboratoire vivant ») 2.Sèvres, qui explore le futur d’une région céréalière. Écologues et biologistes testent des solutions avec des agriculteurs et des apiculteurs afin d’arrêter la perte de biodiversité et d’améliorer la santé humaine. Des scientifiques se mobilisent aussi en ville, comment avec le projet Urbamosson, à Montpellier qui imagine un récit alternatif d’urbanisation, plus respectueux de l’environnement. Ces solutions « fondées sur la nature », c’est à dire vertueuses sur les plans sociaux, économiques et écologiques, sont au cœur d’un ensemble plus large de recherches encadré par le Programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR1 ) Solubiod, co-piloté par le CNRS. Celui-ci s’appuie sur 11 Living Labs2   dans des zones variées : côtières, urbaines, agricoles et littorales. 

Dans le futur, certaines technologies auront toute leur place, comme celle explorée par le projet Ecopalladium : celui-ci exploite les racines d’une plante « dépolluante » afin de retirer du palladium, un contaminant présent dans les sols qui sert, par ailleurs, à fabriquer des médicaments. L’avantage est double : gagner en souveraineté pharmaceutique tout en dépolluant. C’est aussi la logique du projet Catfoam : un procédé de fabrication de mousses pour le secteur industriel capable de dégrader des micro-plastiques. Ces deux projets font partie du programme Recherche à risque du CNRS, qui soutient des avancées technologiques particulièrement ambitieuses.

  • 1Les PEPR, lancés dans le cadre du plan France 2030, visent à renforcer la place de la recherche française dans des domaines scientifiques cruciaux pour les transformations technologique, économique, sociétale, sanitaire et environnementale.
  • 2Les « Living Labs », ou « laboratoires vivants » sont des structures de recherche partenariales réunissant citoyens, chercheurs et acteurs locaux.

Dialogue international

En matière de santé, impossible de se passer de collaborations internationales. Du nord au sud du globe, les pays traversent des problématiques communes. Certaines découvertes dans l’hexagone éclairent d’autres pays du monde, comme le projet européen UNIVOC, qui étudie l’effet de microalgues sur des irritations respiratoires. D’autres régions, « points chauds » des maladies infectieuses émergentes et des menaces envers la biodiversité, servent de laboratoire pour les autres. C’est le cas de la Thaïlande, où réside le laboratoire international (IRL) HealthDeep, fondé par le CNRS et l'Université Kasetsart, qui étudie l'impact de dynamiques telles que le changement climatique sur la santé et promeut la formation, l’innovation et le dialogue avec les décisionnaires. Le laboratoire fait le pont avec des organisations régionales et internationales majeures (ICN, FAO, OMS, PNUD…). Il gère aussi la coordination internationale du Programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR) Prezode, un programme scientifique au cœur de la Stratégie Santé mondiale de la France. 

Le CNRS travaille avec de nombreux pays du monde. Chacun apportant une partie des solutions. Le Brésil, le Chili et la France sont confrontés à des problèmes similaires de prolifération d’algues toxiques menaçant des activités aquacoles. Les scientifiques de ces trois pays échangent leurs expertises complémentaires en génomique fonctionnelle et en séquençage à-travers le projet de recherche EcoHealth4Sea. Ou encore, des scientifiques d’institutions européennes, africaines et américaines se sont réunis à-travers le projet FANE-MATH-PE, qui développe des modèles mathématiques pour des thématiques environnementales et sanitaires. Enfin, les projets scientifiques dans les Outre-mer françaises, particulièrement touchées par les problématiques One Health, se font en collaboration avec les pays voisins.

Visuel Oeil du CNRS One Health
L'œil du CNRS offre une capture, au temps T, de la recherche en cours, révélant plusieurs angles complémentaires : les atouts de l’interdisciplinarité, l’innovation avec la société, l’anticipation du futur et le dialogue international.© Brice Marchal/CNRS