Olympe : mieux comprendre les plaies chroniques pour améliorer leur cicatrisation

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Le groupe URGO et le LBTI ont récemment inauguré leur laboratoire commun, baptisé Olympe. Cette initiative vient prolonger et renforcer leur partenariat, riche de plus de quinze années de collaboration, au service de la compréhension des plaies et des mécanismes de cicatrisation, avec l’ambition de répondre à un enjeu majeur de santé publique touchant plusieurs millions de patients.

L’activité du groupe URGO, entreprise familiale française née à Dijon en 1880, se divise aujourd’hui en deux domaines principaux. Urgo Healthcare s’adresse au grand public à travers une gamme de produits allant des pansements aux compléments alimentaires, en passant par les traitements contre la toux, le rhume, les allergies. De son côté, Urgo Medical développe des solutions pour aider à la cicatrisation de plaies graves et chroniques. C’est à cette seconde partie que l’entreprise consacre la majorité de ses activités de recherche, menées par une équipe pluridisciplinaire d’une soixantaine de scientifiques – physiciennes et physiciens, chimistes, biologistes, ou encore pharmaciennes et pharmaciens.

Plus de 15 ans de collaboration


« La science et la recherche ont toujours fait partie de l’ADN de l’entreprise, dès sa création », affirme Laurent Apert, directeur recherche d’URGO. « Nous avons ainsi toujours eu à cœur d’entretenir des liens étroits avec le monde académique, via des dizaines de partenariats en France et à l’international, en particulier avec des laboratoires du CNRS. Et ce, afin d’améliorer la connaissance des plaies et des mécanismes de cicatrisation, un domaine complexe impliquant de nombreuses disciplines. » Une compétence multidisciplinaire qu’URGO a trouvée au sein du Laboratoire de biologie tissulaire et d’ingénierie thérapeutique (LBTI, CNRS/Lyon 1 Université).

« Notre expertise se situe précisément dans la compréhension des phénomènes associés à des tissus altérés ou lésés, à cause du vieillissement ou de pathologies comme le diabète », présente Dominique Sigaudo-Roussel, directrice du LBTI. « Pour cela, notre laboratoire regroupe des disciplines telles que la physiologie, la biochimie, la biologie moléculaire, la génétique, l’ingénierie tissulaire, l’imagerie… » Ce champ d’études commun a poussé les deux structures à se rapprocher et à multiplier les collaborations depuis plus de quinze ans.

Plusieurs projets de recherche ont ainsi vu le jour, notamment au moyen de thèses CIFRE. Les partenaires ont, par exemple, étudié les effets de l’ischémie – une altération de la circulation sanguine provoquant une réduction de l’apport en oxygène – sur les tissus. Ils se sont également intéressés à la plaie du pied diabétique – une lésion potentiellement grave due au dysfonctionnement des systèmes sanguins et nerveux induits par la maladie – en parvenant à reproduire le diabète en milieu cellulaire.

Un laboratoire commun dédié aux plaies chroniques, inscrit dans la durée


Forts de ces réussites et de leur relation de confiance mutuelle, les deux partenaires ont souhaité franchir un pas supplémentaire dans leur collaboration. « Jusqu’à présent, les projets de recherche conjoints ne concernaient que quelques chercheuses et chercheurs », relève Dominique Sigaudo-Roussel. « Dorénavant, nous souhaitons que la collaboration puisse s’étendre progressivement à toutes les équipes du LBTI. Avec l’idée de regrouper un maximum de compétences différentes au service de la compréhension des plaies et de la cicatrisation. »

C’est ainsi qu’est né le laboratoire commun Olympe, inauguré le 1er avril 2026, pour une durée de six ans, réunissant chercheuses et chercheurs, ingénieures et ingénieurs, cliniciennes et cliniciens. « La possibilité de se projeter sur le long terme figure aussi parmi les atouts incontestables de ce dispositif », ajoute Laurent Apert. « Nous allons pouvoir travailler sur des sujets fondamentaux, en prenant le temps de faire mûrir les réflexions et les développements. Et parallèlement, nous allons explorer, de façon agile, différentes pistes pour identifier de nouvelles voies prometteuses. »

Dans la continuité des précédentes collaborations, Olympe vise à accélérer la compréhension des plaies, notamment chroniques, et des mécanismes de cicatrisation, en vue de faire émerger de nouvelles solutions thérapeutiques. « Alors qu’il s’agissait auparavant d’un objet passif, le pansement interagit désormais avec la plaie pour corriger certains troubles », note Laurent Apert. « De plus, il s’inscrit souvent dans une approche plus globale, accompagné de dispositifs de compression ou de décharge. Cette vision d’ensemble, que nous portons chez URGO, nécessite de comprendre finement de nombreux aspects des tissus, et donc une recherche s’inscrivant dans le temps. »

De gauche à droite : Guillaume Olive, directeur général de Urgo, Recherche, Innovation et Développement ; Laurent Apert, directeur de la recherche de Urgo, co-responsable du LabCom Olympe ; Dominique Sigaudo – Roussel, directrice du Laboratoire de biologie tissulaire et d'ingénierie thérapeutique, co-responsable du LabCom Olympe ; Catherine Grandhomme, directrice des relations avec les entreprises du CNRS ; Bruno Lina, Président de Lyon 1 Université. © Eric Le Roux Lyon 1 Université 

Mieux comprendre pour mieux soigner


Cet objectif se décline en trois axes de recherche majeurs. Il s’agit, premièrement, d’approfondir la connaissance du fonctionnement des tissus biologiques, puis d’étudier les facteurs pouvant les affecter, qu’ils soient mécaniques ou physiologiques. Enfin, l’équipe du laboratoire commun cherchera à développer et à tester des solutions thérapeutiques innovantes, par exemple via le recours à des biomatériaux modifiés, afin de leur ajouter des propriétés spécifiques, capables d’améliorer la cicatrisation.

De premiers projets de recherche ont déjà été lancés autour de ces trois problématiques et de nouveaux vont émerger prochainement. « Nous allons organiser, rapidement et régulièrement, des symposiums réunissant des chercheuses et chercheurs du LBTI et d’URGO », expose Dominique Sigaudo-Roussel. « Il s’agira de lieux d’échanges pour croiser les regards et faire naître de nouvelles approches. Et ce qui est remarquable ici, c’est que chacun peut véritablement apporter sa pierre à l’édifice, URGO comptant sur notre laboratoire pour lui ouvrir le champ des possibles. »

Les projets proposés lors de ces séminaires seront ensuite sélectionnés par le comité scientifique d’Olympe, avant de planifier ces projets de recherche, selon les intérêts et les disponibilités de chacun. « La richesse de nos expertises complémentaires et la combinaison de nos deux écosystèmes offrent des conditions idéales pour faire avancer significativement la connaissance scientifique des plaies », se réjouit Laurent Apert. « Il est, bien sûr, encore un peu tôt pour l’affirmer, mais ce laboratoire commun pourrait devenir le fer de lance de la cicatrisation en France, et même au-delà ! »