Trois choses à savoir sur la grippe

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Chaque année, la grippe touche entre 2 et 6 millions de Français. Derrière cette infection bien connue se cachent des mécanismes complexes : comment les virus se transmettent-ils ? Pourquoi la vaccination doit-elle être renouvelée régulièrement ? Thibaut Crépin, chercheur en biologie structurale au CNRS, apporte son éclairage sur les enjeux et les perspectives de la lutte contre les virus.

1.Le virus au contraire d’une bactérie, a besoin d’un hôte pour survivre

Dans la famille des virus, je demande, comme tous les hivers, la grippe ! Il s’agit d’une infection respiratoire contagieuse causée par les virus influenza. On distingue aujourd’hui trois types de virus influenza capables d’infecter l’humain :

  • le virus de type A, qui infecte les humains mais aussi de nombreuses espèces animales, notamment les oiseaux ;
  • le virus de type B, principalement spécifique à l’humain, bien qu’un virus proche ait également été identifié chez certaines espèces animales, comme les crapauds ;
  • le virus de type C, responsable d’infections bénignes.

Pour nous infecter, un virus doit obligatoirement pénétrer dans nos cellules afin d’utiliser leur machinerie biologique pour se multiplier. En s’installant directement au cœur des cellules, il devient plus difficile à cibler sans endommager l’organisme lui-même, la meilleure arme est donc la prévention par la vaccination. À l’inverse, une bactérie est une cellule autonome capable de se multiplier seule, notamment dans le tube digestif ou l’appareil respiratoire, où elle peut provoquer des troubles sans nécessairement infecter les cellules de l’hôte.

2. Sous les tropiques, la grippe peut circuler toute l’année

Cette idée répandue selon laquelle la grippe ne se transmettrait qu’en hiver est en partie due à une mauvaise interprétation géographique. En réalité, la propagation du virus dépend fortement des conditions météorologiques, notamment du froid et aussi du degré d’humidité, qui favorisent sa circulation. Comme pour la COVID-19, il s’agit d’un virus surtout transmis par des gouttelettes en suspension dans l’air.

Dans les zones tempérées de l’hémisphère Nord, l’activité grippale augmente généralement en automne et en hiver, tandis que dans les zones tempérées de l’hémisphère Sud, elle culmine pendant l’hiver austral (qui s’étend de mai à octobre). Dans les régions proches de l’équateur et sous les tropiques, en revanche, le virus peut circuler tout au long de l’année, parfois avec plusieurs pics d’activité.

Comme pour la COVID-19, les gestes barrières (lavage des mains, porter un masque en cas d’infection, rester chez soi quand on est malade) restent des moyens efficaces pour limiter la propagation du virus.

3. Les progrès de la recherche permettent d’envisager une réduction durable des infections

Le virus de la grippe illustre une particularité des infections virales : il possède un potentiel de mutation très élevé qui lui permet de modifier régulièrement ses structures de surface. Ces changements rendent le virus moins reconnaissable par notre système immunitaire, qui doit alors réapprendre à l’identifier. C’est pour cette raison qu’un vaccin efficace une année peut devenir partiellement obsolète l’année suivante, rendant nécessaire une vaccination régulière.

Pour pallier ces problèmes, les chercheurs creusent la piste d’un vaccin universel qui ciblerait des parties du virus qui auraient tendance à muter moins facilement.

D’autres pistes sont également en cours d’étude :

  • le développement de nouveaux antiviraux qui visent à prévenir ou traîter plus efficacement les infections virales,
  • le développement de thérapies à cibles multiples à l’image de la trithérapie du sida qui limiterait l’impact des mutations.

Ce type de projet peut-il à terme signifier l’éradication du virus ? Le terme d’éradication est en fait trop binaire, surtout face à un virus qui peut aussi avoir une origine animale. Néanmoins, une large réduction des infections est possible.

 

Thibaut Crépin (DR2, CNRS) dirige l’équipe “Virus à réplication nucléaire” à l’Institut de Biologie Structurale (IBS). Il est spécialisé en biologie structurale des virus à ARN, et son travail porte notamment sur l’étude des mécanismes moléculaires qui permettent à des virus comme celui de la grippe de se répliquer et d’interagir avec la machinerie cellulaire.

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