Trois choses à savoir sur le rythme circadien

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Notre corps a sa propre horloge synchronisée à notre environnement et influencée par notre mode de vie : travail de nuit, voyages, écrans. Quand elle se dérègle, comme lors du changement d’heure ou chez les personnes qui travaillent en horaires décalés, les risques pour la santé augmentent. Valérie Simonneaux-Eve, chronobiologiste et endocrinologue au CNRS, nous aide à remettre nos pendules à l’heure.

1 - Le terme circadien vient du latin circa “autour de” et dies “jour”, il s’agit donc d’un rythme proche de 24h.

Un rythme circadien est un rythme biologique interne d’environ 24 heures, qui persiste en conditions constantes, c’est-à-dire en l’absence de signaux extérieurs comme la lumière ou les horaires de repas.

Le rythme circadien peut être synchronisé à 24 heures exactement par des “donneurs de temps”, on parle alors de rythme journalier. Le principal donneur de temps, c'est la lumière. Chaque espèce a un rythme propre. Celui des humains est un petit peu supérieur à 24h, si bien que si un humain venait à se trouver dans une grotte sans aucune information extérieure, “en libre cours”, chaque jour il se réveillerait un peu plus tard. 

L'horloge principale est située à la base de l'hypothalamus, une zone du cerveau, et elle reçoit des informations lumineuses directement de la rétine. En plus de cette horloge principale, notre corps contient des horloges secondaires, moins puissantes. On en trouve dans le foie, dans les intestins, dans les organes sexuels, dans l'estomac, etc. Ces horloges secondaires sont présentes de façon quasi ubiquitaire. Elles permettent de synchroniser nos fonctions physiologiques les unes par rapport aux autres et par rapport à l’environnement. 

2 - Le fait d’être « du matin » ou « du soir » dépend majoritairement de critères génétiques.

Le chronotype correspond à la préférence naturelle de chacun pour les horaires de sommeil et d’activité. En lien avec le rythme circadien, il indique à quel moment de la journée notre organisme est le plus performant.

Les recherches montrent que le chronotype évolue au cours de la vie : il est généralement matinal chez l’enfant, devient plus tardif à l’adolescence, puis redevient progressivement plus matinal avec l’âge. Les causes précises de ce décalage à l’adolescence restent encore mal comprises, et ces tendances restent des observations générales.

À l’échelle individuelle, le chronotype est en grande partie déterminé par des facteurs génétiques. Les mécanismes biologiques à l’origine des rythmes circadiens sont bien connus, mais des variations génétiques peuvent modifier légèrement leur fonctionnement. Ainsi, la période interne, proche de 24 heures, peut varier d’un individu à l’autre (par exemple 24 h, 24,5 h ou davantage), ce qui influence le chronotype.

3 - Les perturbations du rythme circadien sont multiples et peuvent affecter les capacités cognitives et physiques.

Un rythme circadien bien synchronisé est essentiel pour la santé globale. De nombreuses fonctions (éveil, métabolisme, vigilance, force musculaire, sécrétions hormonales) varient au cours de la journée. Leur perturbation peut donc avoir des effets concrets. Les perceptions sensorielles peuvent également varier au cours d’un journée. Ainsi, une étude scientifique récente a montré que la douleur peut changer en fonction du rythme journalier, elle n’est pas perçue de la même manière le matin ou le soir. 

Une étude de l’ANSES, à laquelle a participé Valérie Simonneaux-Eve, a établi que les personnes qui travaillent en horaires décalés ont un rythme circadien perturbé, ce qui a des conséquences importantes sur leur santé : fatigue, troubles cognitifs, mais aussi risques métaboliques, cardiovasculaires et certains cancers, notamment le cancer du sein.

De même, un simple décalage horaire, qu’il soit lié à un voyage transméridien ou au changement d’heure, perturbe également les rythmes circadiens : la lumière n’intervient plus au moment attendu et modifie la synchronisation de l’horloge principale. Cette désynchronisation temporaire peut affecter de nombreuses fonctions : le sommeil, l’attention, la mémoire, mais aussi des processus physiologiques comme l’appétit ou des processus cardiovasculairestension. Autrement dit, un simple décalage d’une heure suffit à perturber l’ensemble de nos rythmes internes, jusqu’à ce que le corps retrouve son équilibre.

Finalement, quasiment toutes les fonctions biologiques présentent des rythmes journaliers plus ou moins robustes ou importants selon les fonctions.  Avoir un système circadien bien robuste et bien synchronisé avec l'environnement permet d'avoir une meilleure santé générale. 

Cette connaissance permet aujourd’hui de mieux adapter les soins, notamment avec la chronothérapie, qui consiste à administrer certains traitements selon le moment de la journée où il est le plus efficace.

 

Valérie Simonneaux-Eve est une chercheuse française en chronobiologie et neuroendocrinologie, excercant à l’Institut des Neurosciences Cellulaires et Intégratives (CNRS – Université de Strasbourg), où elle étudie les rythmes biologiques, notamment les horloges circadiennes et leur influence sur la reproduction, le métabolisme et les fonctions hormonales chez les mammifères. Ses travaux combinent des approches expérimentales et des revues scientifiques pour mieux comprendre l’impact des rythmes internes sur la santé. 

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