Trois choses à savoir sur les sportifs de haut niveau

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Chaque sport doit trouver le bon équilibre entre poids et puissance : en course ou en cyclisme, un gain musculaire excessif peut devenir contre-productif. Comment développer les muscles adaptés à chaque discipline et comment optimiser son entraînement ? A l’heure où s’ouvrent les Jeux Olympiques d’hiver, Rémi Mounier, physiologiste au CNRS, nous explique comment mettre la science au service de la performance.

1. Chaque sport nécessite le développement de muscles et de fibres musculaires propres

Tous les sports ne font pas travailler les mêmes muscles et ne les sollicitent pas de la même façon. Pour les sportifs de haut niveau, l’enjeu majeur est donc de développer les fibres musculaires adaptées à leur discipline. Les fibres oxydatives, endurantes, utilisent des ressources sur le long terme (glucides, lipides), tandis que les fibres glycolytiques, plus puissantes, fournissent une énergie immédiate mais mobilisent des ressources rapidement épuisées (phosphocréatine et glucose).

Par exemple, en bobsleigh, la poussée initiale dure moins de cinq secondes : c’est un effort explosif qui sollicite principalement les fibres glycolytiques. L’entraînement met donc l’accent sur la force et la puissance, avec de la musculation avec des charges lourdes, complétée parfois avec de l’entraînement aérobie.

À l’inverse, un skieur de fond sur 50 km fait travailler surtout les fibres oxydatives, adaptées à l’endurance. Mais, en fin de course, un sprint peut décider du classement, et nécessite un effort explosif. Les skieurs doivent donc combiner endurance et puissance, pouvant solliciter dans un même muscle des membres inférieurs et/ou supérieurs, à la fois des fibres oxydatives et glycolytiques.

2. Les échauffements, le renforcement musculaire et la nutrition restent des aspects essentiels de l'entraînement sportif quel que soit le sport

Si chaque sport a ses spécificités, tous s’appuient sur des notions communes : 

  • L’échauffement est essentiel, en particulier avec l’âge : il permet une montée progressive de l’intensité de l’effort, prépare le système cardiovasculaire et respiratoire, les muscles et les articulations, réduit le risque de blessure et active progressivement les filières énergétiques. L’échauffement joue aussi un rôle plus mental, en permettant de se préparer psychologiquement afin d’entrer progressivement dans l’exercice.

  • Le renforcement musculaire, notamment le gainage des ceintures abdominale, lombaire et pelvienne, améliore la stabilité du corps. Cela permet de prévenir les blessures : en étant bien gainé, nous avons moins de mouvements parasites qui peuvent provoquer des contraintes sur le corps et induire des blessures. Cela permet aussi une meilleure transmission de la force : si en plantant son bâton dans la neige, un skieur de fond à sa ceinture abdominale bien gainée, la force transmise sera plus efficace.

  • Enfin, la nutrition joue un rôle clé dans la performance et la récupération : elle permet de soutenir l’effort et, après l’entraînement, un apport suffisant en protéines aide à régénérer et maintenir les muscles. Pour certains sports, cette approche est poussée à l’extrême : les cyclistes professionnels pèsent chaque gramme ingéré et les équipes professionnelles de cyclisme engagent un de plus en plus de nutritionnistes pour s’assurer de l’optimisation des menus. 

3. La recherche permet de préciser nos connaissances en termes de performance et de récupération

La recherche sur le muscle et le sport de haut niveau est très variée. Rémi Mounier s’intéresse plus particulièrement à la régénération musculaire. Le muscle est en effet l’un des rares organes capables de se régénérer entièrement grâce aux cellules souches musculaires. Il étudie cette régénération à partir de modèles de maladies rares, mais aussi de situations extrêmes, comme celles des sportifs de haut-niveau. Ce type de travaux permet d’évaluer et de valider scientifiquement des pratiques de récupération après un entrainement intense ou une blessure, comme la cryothérapie, l’électrostimulation, la chaleur, l’échauffement ou les massages.

Parallèlement, d’autres recherches, plus fondamentales, portent sur les mécanismes biologiques de la régénération musculaire (cellules souches, inflammation, vascularisation, commande motrice, etc…), du sommeil, ainsi que sur la biomécanique et la performance, en lien avec les méthodes et programmes d’entraînement.

Rémi Mounier est directeur de recherche à l’Institut NeuroMyoGène (INMG) à Lyon. Il a reçu la médaille de bronze du CNRS en 2018 pour ses travaux portant sur le rôle du métabolisme dans la régulation des cellules souches musculaires et la régénération du muscle strié squelettique. Son équipe de recherches s'intéresse notamment à des modèles physiologiques et pathologiques pour comprendre les mécanismes qui altèrent la régénération musculaire et pour identifier des cibles thérapeutiques potentielles.

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