Trois choses à savoir sur les terres rares

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Présentes dans de multiples objets du quotidien, comme les smartphones mais aussi les ampoules LED, les batteries électriques ou les éoliennes, les terres rares sont un ensemble de métaux très convoités... dont la Chine détient le quasi monopole en termes d'exploitation. Clement Levard, géochimiste au CNRS, récapitule trois choses à savoir sur ces métaux dont l'approvisionnement est un enjeu de taille. 

1. Les terres rares sont des métaux utilisés dans de nombreux objets du quotidien.

Le terme “ terres rares “ est trompeur : elles ne sont pas rares au sens strict. Ce sont des éléments chimiques, des métaux présents dans la nature. Il en existe 17 : le scandium, l’yttrium et la famille des 15 lanthanides, comme le néodyme. Ces éléments jouent aujourd’hui un rôle clé dans de nombreux secteurs tels que la santé, l’énergie, l’environnement et on les retrouve notamment dans nos smartphones, nos LED, nos éoliennes off-shore etc. Autrement dit, ils sont au cœur des progrès techniques et de la transition énergétique… mais leur production soulève des questionnements.

2. Les terres rares sont au cœur des enjeux internationaux et environnementaux.

L’extraction des terres rares repose sur le traitement de minerais complexes qu’il faut isoler en utilisant d’importantes quantités de produits chimiques polluants. De plus, ces métaux sont souvent associés à des éléments radioactifs dans la croûte terrestre, ce qui génère des déchets radioactifs et expose les travailleurs à des risques sanitaires majeurs.

À ces impacts environnementaux s’ajoute un déséquilibre géopolitique : la Chine concentre 44 % des réserves mondiales, 68 % de l’extraction et près de 90 % du raffinage. Ce quasi-monopole lui confère un rôle stratégique dans l’approvisionnement mondial. Or, avec une demande qui double tous les six ans, la pression sur ce système déjà concentré ne cesse d’augmenter.

Autre enjeu majeur : le recyclage. Bien que les terres rares soient recyclables à l’infini sans perte de qualité, aujourd’hui seuls environ 1 % sont effectivement recyclés, ce qui limite drastiquement la réduction de l’impact environnemental et renforce la dépendance aux ressources primaires.

3. Des solutions existent pour améliorer l’exploitation des terres rares

Face à cette dépendance, la France et l’Europe cherchent à renforcer leur souveraineté : relocaliser certaines étapes de production, réduire la consommation et sécuriser l’accès à une ressource finie. L’enjeu est de rééquilibrer l’offre et la demande. Une expertise scientifique lancée par le CNRS a montré que des solutions existent pour renforcer la souveraineté de la France et l’Europe sur les approvisionnements de ces métaux critiques. Il est par exemple possible de relocaliser la production sur le sol européen en exploitant nos déchets électroniques 

Cependant, le recyclage de la mine urbaine se heurte à trois freins :  

  • La difficulté de collecter des terres rares notamment lorsqu’elles sont présentes en quantité infimes dans de très nombreux objets (comme dans les LED par exemple)
  • Une législation qui n’impose pas d’indiquer la présence de terres rares dans les produits, ce manque de traçabilité complexifie la mise en place d’un recyclage efficace.
  • Une rentabilité limitée, car les coûts de production en Chine restent extrêmement bas, ce qui rend le recyclage plus coûteux que l’achat de matières premières chinoises. 

Si l’exploitation de ces sources secondaires apparaît nécessaire, de nombreux travaux soulignent qu’elle doit s’accompagner d’un débat préalable et transparent : pourquoi extraire, au profit de qui, et avec quels coûts sociaux et environnementaux ?

Enfin, la réduction des usages est également une voie majeure pour un recours plus responsable aux terres rares. En mobilisant différents leviers de l’économie circulaire, il serait possible de freiner la demande globale en terres rares, et de limiter ainsi à la fois les besoins d’extraction primaire et la pression sur les ressources.

Clément Levard est chercheur en sciences de l’environnement CNRS, affecté au Centre européen de recherche et d’enseignement de géosciences de l’environnement. Il s’intéresse à l’impact des nouvelles technologies sur l’environnement, mais également à des procédés innovants pour réduire l’impact environnemental des activités humaines tels que le recyclage de métaux rares.  Il est l'un des pilotes de l'expertise collective sur les Terres rares lancée par le CNRS. En savoir plus sur Clément Levard.