Trois choses à savoir sur les vaccins

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Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la vaccination a permis de sauver 154 millions de vies en 50 ans, dont 15 à 20 millions grâce au vaccin contre le Covid-19. Comment a-t-elle été découverte ? Et comment fonctionne un vaccin ? Comment est développé un vaccin ? Des chercheurs du CNRS apportent des réponses dans l’ouvrage à paraître Tout comprendre (ou presque) sur les vaccins, de Sylvie Guerder, Monique Dontenwill et Claire Marc. Retour sur trois points clés.

1 - Nous devons la vaccination moderne à l’anglais Edward Jenner

C’est le médecin anglais Edward Jenner qui introduit le principe de la vaccination dès 1801. Le terme vient de la variole bovine, appelée « vaccine ». Jenner observe que les femmes qui traient des vaches infectées semblent protégées de la petite vérole. Il en déduit une immunité croisée et teste son hypothèse en 1796 : il inocule à un enfant le contenu de pustules prélevées sur une fermière atteinte de vaccine. Quelques jours plus tard, il l’expose à la variole humaine, sans que l’enfant ne développe la maladie.

Cette expérience, bien qu’éthiquement problématique, met en évidence un principe essentiel : une première exposition à une maladie peut conférer une immunité. L’idée n’est d’ailleurs pas totalement nouvelle, puisque Thucydide rapportait déjà, lors de la peste d’Athènes (-430 à -426), que les survivants devenaient ensuite résistants. 

Si Jenner fonde la vaccination, c’est Louis Pasteur qui en théorise et en généralise le principe. Il montre que des microbes atténués peuvent protéger contre des formes graves d’infection, notamment avec le choléra des poules. Il s’intéresse ensuite à la rage, maladie virale humaine, et obtient un succès décisif. C’est lui qui, en hommage à Jenner, emploie officiellement le terme « vaccination » devant l’Académie des sciences de Paris en 1883.

-       DENIS GUTHLEBEN Directeur du Musée Curie et ingénieur de recherche CNRS, Paris. 

2 - Un vaccin permet à notre système immunitaire de construire une mémoire spécifique d’un pathogène

Comment fonctionne concrètement un vaccin ? Nous sommes constamment exposés à des pathogènes (virus, bactéries, parasites ou champignons). Pour s’en défendre, le système immunitaire mobilise deux mécanismes complémentaires.

  • L’immunité innée agit en première ligne : elle détecte rapidement les signaux de danger et amorce la neutralisation du pathogène en quelques heures.
  • L’immunité adaptative, plus lente mais spécifique, met en place une mémoire immunitaire. Après un premier contact avec le pathogène, elle en conserve une « trace » permettant une réponse beaucoup plus rapide lors d’une nouvelle exposition.

Le vaccin exploite ce second mécanisme : il expose l’organisme à une forme inoffensive ou atténuée du pathogène afin de déclencher la formation d’une mémoire immunitaire protectrice, sans provoquer la maladie.

- CAROLE LE COZ Chargée de recherche CNRS à l’institut Toulousain des Maladies Infectieuses et Inflammatoires (INFINITY), Toulouse. 
- JACQUELINE MARVEL Directrice de recherche émérite CNRS au Centre International de Recherche en Infectiologie (CIRI), Lyon

3 - Développer un vaccin est un processus long et rigoureux

Un vaccin contient soit l’agent infectieux entier sous forme inactivée ou atténuée soit des molécules spécifiques de cet agent infectieux, appelées antigènes, permettant au système immunitaire de le reconnaitre et le neutraliser, auxquelles il peut être nécessaire d’ajouter des adjuvants pour induire une immunité protectrice et durable.

Comme pour tous les médicaments, les vaccins passent par des étapes de validation strictes. Après évaluation de leurs effets protecteurs et innocuité chez l’animal, ils sont testés lors d’essais cliniques rigoureux chez l’humain. Leur mise sur le marché nécessite un avis favorable d’un comité d’éthique ainsi qu’une autorisation de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé). Leur développement complet prend généralement plus de dix ans. Mais celui-ci peut être accéléré grâce à la technologie des ARN messagers

La vaccination protège à la fois l’individu et la collectivité : en limitant la circulation des maladies, elle protège aussi les personnes qui ne peuvent pas être vaccinées, contribuant ainsi à l’immunité collective. Aujourd’hui, le recul de la vaccination dans certaines régions, pour des raisons politiques ou géopolitiques, favorise la réémergence de maladies pourtant contrôlées, comme la poliomyélite et démontre l’importance de maintenir des campagnes vaccinales continues.

- SYLVAIN BAIZE Directeur de recherche de l’Institut Pasteur, Paris
- MONIQUE DONTENWILL Ancienne directrice adjointe scientifique à CNRS Biologie et directrice de recherche CNRS au Laboratoire de Bioimagerie et Pathologies, Strasbourg 
- SYLVIE GUERDER Déléguée scientifique à CNRS Biologie et directrice de recherche Inserm à l’Institut Toulousain des Maladies Infectieuses et Inflammatoires (INFINITY), Toulouse
- BRIGITTE AUTRAN Professeur Émérite à la Faculté de Santé Sorbonne-Université, et Enseignante-Chercheuse au Centre d’Immunologie et Maladies Infectieuses (CIMI), Pari

Voir le livre Tout comprendre (ou presque) sur les vaccins - CNRS Editions