Première reconstitution numérique de la face de « Little foot »

Identifié comme le fossile d’Australopithecus le plus complet découvert à ce jour1 , « Little Foot » a été enfoui dans des sédiments dont les mouvements et le poids ont provoqué des fractures et des déformations qui rendent l’analyse de son crâne, et plus particulièrement de sa face, difficile. Cette région anatomique, indispensable à la compréhension des adaptations de nos ancêtres et parents à leur milieu, vient d’être reconstituée virtuellement pour la première fois par une chercheuse du CNRS2  et ses collègues anglais et sud-africains. Ce résultat est à paraitre dans la revue en accès ouvert Comptes Rendus Palevol le 2 mars.

Une analyse comparative de cette reconstitution avec plusieurs grands singes actuels et trois autres spécimens d’Australopithecus révèle que la face de « Little Foot » est plus proche en termes de dimensions et de morphologies des spécimens Australopithecus d’Afrique de l’Est que d’Afrique du Sud. Cette découverte soulève des questionnements sur les relations entre ces différentes populations et sur la chronologie des processus évolutifs qui ont remanié la face de ces hominines3 , en particulier la région orbitaire qui semble avoir subi de fortes pressions de sélection.

Le crâne a d’abord été transporté jusqu’au synchrotron de Diamond Light Source (Royaume-Uni) où il a été minutieusement numérisé. L’équipe de recherche a ensuite isolé virtuellement les fragments osseux avec l’assistance de méthodes semi-automatisées et de super calculateurs. Leur réalignement a abouti à une reconstitution 3D d’une résolution de 21 microns. Plus de cinq années ont été nécessaires pour aboutir à cette reconstitution.

Disponible publiquement et en accès libre à partir du 2 mars, elle permettra à la communauté scientifique internationale de consolider le modèle établi et d’étudier plus précisément d’autres zones du crâne de « Little foot », notamment la boite crânienne. 

Le crâne original (gauche), la réplique numérique (milieu) et la reconstruction de la face (droite) de « Little foot ». © Amélie Beaudet
  • 1Découvert en 1994 à Sterkfontein en Afrique du Sud, le squelette de « Little foot » est vieux de 3,67 millions d’années. Il représente le plus ancien hominine découvert en Afrique du Sud à ce jour et le squelette le plus complet d’Australopithecus (plus de 90% a été retrouvé).
  • 2Travaillant au laboratoire Paléontologie, Evolution, paléoécosystèmes, paléoprimatologie (CNRS/Université de Poitiers).
  • 3Au sein de la lignée humaine, la face est devenue de moins en moins projetée et de plus en plus gracile au cours du temps.
Bibliographie

Virtual reconstruction and comparative study of the face of StW 573 (“Little Foot”).
Amélie Beaudet, Emeline Dupont, Franck Guy, Jean Dumoncel, Robert Atwood, Vincent Fernandez, Nghia T. Vo, Ronald Clarke, Jason L. Heaton, Travis R. Pickering, Kristian J. Carlson, Gérard Subsol, et Dominic Stratford. Comptes Rendus Palevol, le 2 mars 2026.
https://doi.org/10.5852/cr-palevol2026v25a3

Contact

Amélie Beaudet
Chercheuse CNRS
Aurélie Meilhon
Attachée de presse CNRS