Les maths, une passion française ?
Le 8 décembre au Sénat, la consultation citoyenne sur les mathématiques lancée au printemps restituait ses principaux résultats. Malgré un rapport ambivalent à la discipline et une perception criante des inégalités d’accès, les Français et Françaises ont témoigné, par leur mobilisation massive, d’un amour des maths. Le constat posé, ne reste qu’à la puissance politique de s'emparer du sujet.
« En maths, c’était soit t’es bon, soit t’es nul. Pas de nuance ». C’est l’un des éléments ressortis de la consultation citoyenne sur le rapport des Français et Françaises aux mathématiques menée par CNRS Mathématiques, l’un des dix instituts du CNRS, au printemps dernier. Cette consultation s’inscrivait dans la foulée des Assises des mathématiques qui, en 2022, rappelaient la contribution cruciale de la discipline à la sphère économique. Dans la lignée de ces assises nationales, la consultation, lancée en mars 2025, a suscité une mobilisation exceptionnelle des citoyennes et citoyens : plus de 33 000 d’entre eux ont répondu à l’enquête et éclairé leur relation aux mathématiques.
Cette mobilisation témoigne de la relation intime qu’entretiennent nos compatriotes à la discipline : ceux-ci associent les mathématiques à des souvenirs, bons ou mauvais, issus de leurs parcours scolaires et familiaux. Cette relation intime se double d’une perception forte des discriminations. 76 % des répondantes et répondants ont reconnu l’existence d’inégalités, sous la forme de barrières à l’entrée de la discipline, qu’elles soient d’ordre genré (un stéréotype voulant que les hommes seraient meilleurs que les femmes), social (les classes populaires s’en sentent exclues) ou territorial (les populations rurales bénéficiant peu de services périscolaires et de culture scientifique). Et pourtant, les citoyennes et les citoyens ne cèdent pas au désamour envers les maths. Au contraire, elles et ils considèrent que ces dernières, dont l’Hexagone est une terre d’excellence scientifique internationalement reconnue, relèvent à la fois d’un enjeu de grandeur nationale et d’une utilité au quotidien, allant du montage de meuble à la déclaration d’impôts.
Une question s’est alors imposée à CNRS Mathématiques : comment rendre les mathématiques accessibles à toutes et tous à tous les âges de la vie ? De juin à juillet 2025, pendant trois weekends consécutifs, ce fut l’occasion de longs échanges au sein de panels citoyens. Rassemblant 46 personnes tirées au sort parmi les répondantes et répondants à la consultation, réparties en deux groupes – l’un de femmes en non-mixité et l’autre, mixte, de personnes issues des classes populaires, en milieu rural ou dans des quartiers défavorisés –, ces panels ont abouti à une soixantaine de recommandations à destination des décideurs et décideuses publics. Quatre membres de ces panels les ont présentées aux parlementaires lors d’une restitution au Sénat le 8 décembre 2025.
L’esprit général de ces recommandations est, comme l’exprime Nuptia Nkounkou, habitante de la Seine-Saint-Denis et membre d’un panel, de « permettre à chacun et chacune d’acquérir les compétences mathématiques de base pour comprendre le monde ». Aussi, pour arrêter, comme le déplore Patrice Sarpi, artisan-ébéniste de la région marseillaise et autre paneliste, que « les mathématiques souffrent d’une réputation de matière difficilement accessible au commun des mortels qui en fait un outil de sélection plutôt qu’une matière épanouissante », une partie de ces propositions insiste sur la formation et l’apprentissage des mathématiques et déconstruit ainsi le caractère « inné » associé à la discipline. Formation spécifique pour le corps enseignant du premier cycle, médiation scientifique dans les classes, plateforme recensant les ressources pédagogiques… mais aussi une reprise des cours de maths souhaitée par de nombreux adultes regrettant n’avoir pas accroché la discipline durant leur scolarité. En plus de cet apprentissage formel, les panelistes appellent à instiller le goût des maths dans nos quotidiens, notamment sous la forme de jeux informels à pratiquer en famille. Anne Crozon, demandeuse d’emploi dans une commune rurale voisine de Rennes, également paneliste, invite ainsi à « favoriser une culture générale des mathématiques en montrant qu’elles sont partout au quotidien », de façon à « garantir une égalité des chances, qui vise l’excellence de la France, mais pas au détriment des personnes moins à l’aise avec les mathématiques ».
En s’appuyant sur l’ensemble de ces propositions, CNRS Mathématiques entend désormais construire un plan d’actions à même de répondre aux aspirations des citoyennes et citoyens. Cette future feuille de route aura trois piliers, détaillés au Sénat par Christophe Besse, directeur de l’institut : « désacraliser les mathématiques », en « améliorer l’inclusion » et « développer une véritable culture mathématique ».