Mission Neptune : carte d’identité d’une coalition scientifique sur la haute mer et les fonds marins

Institutionnel

Un an après la 3e conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC-3), un nouveau programme scientifique sur la haute mer et les fonds marins est lancé. La Mission Neptune aura pour objectif d’explorer ces écosystèmes méconnus, éclairant ainsi les débats autour de la gouvernance internationale de l’océan.

À retenir pour agir

  • Un an après l’UNOC-3, la gouvernance de l’océan continue de se structurer, notamment en s’appuyant sur les recommandations des scientifiques. 

  • La Mission Neptune, un nouveau programme de recherche, aura pour objectif d’explorer la haute mer et les fonds marins à travers des partenariats public-privé.

  • L’objectif : combler le déficit de connaissances et nourrir les négociations internationales.

Alors que Donald Trump annonçait sa volonté de se désengager de l’exploration de l’océan pour se consacrer aux vols habités vers Mars, Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur chargé des pôles et des affaires maritimes, répliquait : « Nous n’irons pas sur Mars, mais sur Neptune. »

La haute mer et les fonds marins sont, encore aujourd’hui, moins explorés que notre satellite ou que la planète rouge. Pour mieux comprendre ces écosystèmes méconnus, un grand programme scientifique, nommé « Mission Neptune », a été annoncé à la 3e conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC-3), en juin 2025.

Le coup d’envoi officiel de ce nouveau consortium est donné le 8 juin 2026 à Paris, à l’occasion de la Journée mondiale de l’Océan des Nations unies, avec le Neptune Forum. Conçu comme un rendez-vous international de haut niveau, il réunit scientifiques, décideurs publics, acteurs économiques, organisations internationales et représentants de la société civile. 

Alors que les fonds marins sont devenus une nouvelle frontière stratégique, se joue une nouvelle question : qui produira les connaissances permettant demain de fixer les règles de gouvernance internationale ? Un an après l’UNOC-3, la Mission Neptune pourrait être une tentative de réponse.

Une gouvernance internationale de l’océan en voie de structuration

Bien que recouvrant 70 % de la surface de la planète, l’océan a longtemps été un angle mort des négociations internationales. Depuis l’établissement de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS) en 1982, la gouvernance de l’océan continue de se structurer, notamment sous l’impulsion diplomatique française. La recherche, en nourrissant les débats, apporte une contribution essentielle à cette dynamique.

  • Juin 2025 : la 3e conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC-3) est coorganisée par la France et le Costa Rica, se tient à Nice.

  • Juin 2025 : la Commission européenne annonce l’European Ocean Pact, une stratégie servant de cadre à l'ensemble des politiques de l'Union européenne relatives à l'océan.

  • Septembre 2025 : l’accord Biodiversity Beyond National Jurisdiction (BBNJ), sur la protection de la haute mer, atteint le seuil des 60 ratifications nécessaires à son entrée en vigueur.

  • Fin 2026 : dans le prolongement du Pacte, la Commission européenne prépare l’European Ocean Act, une initiative législative visant à moderniser la planification de l’espace maritime.

  • Janvier 2027 : les signataires de l’accord BBNJ organiseront la première « COP BBNJ » au siège de l’ONU à New-York.

  • 2028 : la 4e conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC-4) sera coorganisée par la Corée du Sud et le Chili.

Filtration des organismes marins récoltés sur le Thalassa en 2023. La campagne océanographique APERO visait à mieux comprendre le mécanisme par lequel de grandes quantités de CO2 sont absorbées dans les eaux de l’océan profond © Melvak / Mission APERO / CNRS Images

Explorer les fonds marins, éclairer la décision publique

S’appuyant sur un conseil scientifique international, la Mission Neptune est structurée autour de grandes priorités de recherche. De la cartographie des habitats à l’étude des puits de carbone marins, des océans polaires aux monts sous-marins, les expertises océanographiques de ce consortium sont mobilisées pour mieux comprendre la haute mer et les fonds marins. 

L’objectif : combler le déficit de connaissances, mais également éclairer la décision publique en vue de la mise en œuvre de nouveaux traités internationaux. La Mission Neptune s’inscrit ainsi pleinement dans un soutien à l’ensemble des piliers de l’accord BBNJ, qu’il s’agisse de la mise en place d’aires marines protégées, des ressources génétiques marines, ou encore des évaluations d’impact environnemental pour les nouvelles activités en mer.

La recherche comme outil d’éclairage face aux vulnérabilités

Si l’océan peut sembler une grande masse d’eau immuable, il est en réalité confronté à des vulnérabilités croissantes. L’accélération du changement climatique et la multiplication des canicules marines, l’érosion de la biodiversité et l’impact de la pêche illégale, la pollution plastique et la détérioration des écosystèmes constituent autant de fragilités auxquelles les sociétés humaines devront faire face.

L’océan et ses ressources sont également l’objet de convoitises. Contrairement aux eaux territoriales, la haute mer et les fonds marins restent encore peu protégés par les traités internationaux, ouvrant la voie à une exploitation non contrôlée. Sont particulièrement concernés les nodules polymétalliques. Ces galets gisant à plusieurs milliers de mètres sous la surface pourraient être mis à profit pour l’approvisionnement stratégique en métaux critiques. Une situation qui pose alors une question de souveraineté pour les États, à l’heure où la concurrence s’accroît pour les ressources terrestres.

Alors que la haute mer et les fonds marins deviennent une nouvelle frontière, la production des connaissances permettant de fixer les règles de gouvernance internationale devient un enjeu majeur. Les recherches menées au sein de la Mission Neptune peuvent nourrir les débats autour de l’encadrement des pratiques.

Méduse "Diplulmaris antarctica" aux abords de la base Dumont d'Urville, en Terre Adélie © Erwan AMICE / LEMAR / CNRS Images

L’atout du CNRS : une vision pluridisciplinaire sur l’océan

Modélisation, observation, physique, mathématiques, chimie, biologie, écologie, ou encore sciences humaines et sociales : le CNRS est un des rares organismes dans le monde à travailler sur l’ensemble du spectre des disciplines ayant trait à l’océan.

Cette force de frappe unique constitue un atout majeur dans le domaine de la recherche, mais également sur le plan institutionnel. Le CNRS, au travers de sa Task Force Océan, transforme ses productions scientifiques en outils d’éclairage politique, par exemple en contribuant aux consultations sur le futur European Ocean Act de la Commission européenne.

Au sein du conseil scientifique de la Mission Neptune, le CNRS prendra appui sur sa vision pluridisciplinaire pour mobiliser la communauté internationale des chercheurs et chercheuses. Il orientera également la ligne directrice scientifique du consortium pour que les défis relevés correspondent à des enjeux de connaissance au bénéfice de toutes et tous.

La science en appui du multilatéralisme

La force de la Mission Neptune réside dans la grande diversité de ses membres. Outre les organismes de recherche publics comme le CNRS, elle s’appuie sur la participation de fondations philanthropiques comme Tara Océan, regroupées sous la bannière du consortium Pink Flamingo. Souvent très bien équipées, elles ont aussi vocation à créer de la connaissance, notamment en hébergeant des scientifiques pendant leurs expéditions.

Aux acteurs privés s’ajoutent les organismes de recherche de nombreux pays participants – Europe, Chine, Inde, Chili, ou États insulaires du Pacifique… Ils peuvent compter sur un fort portage politique par les Nations unies et l’Unesco, ainsi que sur le haut patronage du Président de la République française. La Mission Neptune devient ainsi l’illustration d’une science en appui des négociations internationales et du multilatéralisme. 

Un plongeur photographie un récif corallien à Tongatapu, Tonga, dans l'océan Pacifique, pour réaliser un modèle 3D © Gilles SIU / CRIOBE / EPHE / UPVD / CNRS Images