Sol des marais : comment l’auto-organisation des sols argileux façonne le paysage

Paris,
Environnement

Au cœur du Parc naturel régional du Marais poitevin, deuxième plus grande zone humide de France, une équipe scientifique1 menée par un chercheur du CNRS a mis en évidence la capacité des sols argileux à s’auto-organiser en motifs géométriques. Appelés mottureaux, ces microreliefs2 guident l’infiltration des pluies et favorisent la biodiversité végétale3 dans les sols du marais. Ces résultats sont parus dans la revue Journal of the Royal Society Interface le 25 mars 2026. 

 

Loin d’être disposés au hasard, les mottureaux résultent d’un double processus d’auto-organisation. En période sèche, un assemblage précis de polygones s’organise entre les fissures. Au retour de la saison humide, l’eau douce s’infiltre dans le sol argileux salé qui gonfle et entraîne l’élévation d’une partie des polygones, des mottureaux, en dessinant des motifs géométriques. Les fissures profondes, jouent un rôle décisif : guider l’infiltration de l’eau de pluie. Cette dernière abaisse la salinité de l’eau des couches profondes et déclenchent ainsi la surélévation des mottes4. L’équipe a également découvert que le passage de troupeaux sur ces sols crée des chemins qui modifient les motifs des mottureaux, influençant ainsi leur organisation5.

Ces résultats ont été établis grâce à des campagnes de drones menées entre 2019 et 2023, combinant orthophotographies, analyses spectrales, modélisations numériques et analyses des sols. 

Façonné par ces microreliefs, le paysage des prairies humides se révèle être un important support de biodiversité. La végétation y est plus diversifiée, créant ainsi une richesse spécifique par rapport aux prairies planes. La protection de ces milieux fragiles menacés par l'intensification des pratiques de gestion (agricoles, artificialisation, ...) est à considérer pour la conservation du patrimoine naturel biologique et géologique.

Notes 

1 – Travaillant à l’Institut P' : Physique et ingénierie en matériaux, mécanique et énergétique » (CNRS) et à l’Institut IC2MP : Institut de chimie des milieux et des matériaux de Poitiers (CNRS/Université de Poitiers). Ce travail collectif implique également des scientifiques du James Hutton Institute en Ecosse, de la Réserve Naturelle Nationale Michel Brosselin et de la Ligue pour la Protection des Oiseaux.

2 – Les mottureaux sont des mottes de quelques dizaines de centimètres qui s’assemblent en réseaux réguliers, carrés ou hexagonaux voire même en ondulations.

3 - La biodiversité végétale englobe toutes les variétés végétales du monde entier et joue un rôle essentiel dans le maintien des fonctions écologiques et de la résilience des écosystèmes.

4 - Cette dynamique dessine un paysage en perpétuelle recomposition, où la configuration et la gestion de l’eau dictent la forme des motifs. Les zones basses accueillent des rides de chenaux (plis), tandis que les parties plus élevées se parent de maillages cristallins.

5 – Les figures peuvent ainsi être réorientées, transformant les ondulations du sol en réseaux carrés. 

Bibliographie

Soils from marsh: self-organization of biogeomorphological paludal patterns, their potential formation mechanisms and ecological interest. Mélissa Marius, Fabien Hubert, Emmanuel Tertre, Élise Le Gouguec, Stephen Hillier, Anthony Beaudoin, Paméla Lagrange, Pierre de Bouët du Portal et Germain Rousseaux. Journal of the Royal Society Interface, 25 mars 2026.
DOI : https://doi.org/10.1098/rsif.2025.0605

Les données et ressources associées sont librement accessibles sur Zenodo : https://zenodo.org/records/18109270 

Contact

Germain Rousseaux
Chercheur CNRS
Estelle Torgue
Attachée de presse CNRS